Interview / Philippe Légré (ex-ministre des Sports et Loisirs) : ‘‘Je ne suis plus au MFA, je suis militant du RDR, point barre’’

Interview / Philippe Légré (ex-ministre des Sports et Loisirs) : ‘‘Je ne suis plus au MFA, je suis militant du RDR, point barre’’

Entre  Alassane Ouattara et lui, on dirait qu’il s’est passé quelque chose. Philippe Légré est sorti du gouvernement en novembre 2012 après y avoir passé près d’un an et demi. Mais sa nouvelle situation n’a en rien tiédi son activisme en faveur du numéro un ivoirien en qui il trouve une nouvelle source d’espérance. Ce chrétien évangélique qui n’a que le nom de Dieu à la bouche le dit haut et fort. N’est-ce pas la méthode Ouattara qui l’a attiré vers le RDR son nouveau parti ? Philippe Dakpa  Légré que nous avons trouvé au 17e étage de la tour E au Plateau, dans un bureau qui n’est pas le luxueux comme celui qu’il occupait il y a peu, avec pour décor mural la photographie de sa charmante épouse et une grande carte de la Côte d’Ivoire. Il déballe enfin tout : son entrée au gouvernement, son arrivée chez les républicains, la Can 2013, ses nouvelles occupations…
Monsieur le ministre depuis votre départ  du gouvernement que devenez-vous ?
Je voudrais saisir l’opportunité que vous me donnez pour vous dire merci parce que j’ai l’impression que je sors d’un anonymat et je tiens à vous dire merci. Oui, je dis merci à tous les journalistes, que ce soit les journalistes sportifs ou non, et tous ceux qui m’ont soutenu au moment où j’étais encore aux affaires. Je dis merci, grand merci au Président de la République à qui je serai infiniment reconnaissant pour tout le restant de ma vie, parce qu’il a porté son choix sur moi. Il a fait de  moi ce que je suis aujourd’hui. Je ne  suis pas le plus intelligent, pas le plus instruit, pas le plus beau de la Côte d’Ivoire, pas le plus gros. Nous sommes plus de 22 millions d’habitants et le Président de la République m’a choisi pour faire de moi un ministre. Ne serait-ce qu’une seule minute c’est déjà beaucoup pour moi. Je voudrais dire merci et merci au Président de la République pour tout l’honneur qu’il m’a fait de m’appeler à ses côtés où j’ai beaucoup appris. Avoir été ministre du Président Alassane Ouattara ne serait-ce qu’un mois, c’est toute une école, tout un apprentissage. C’est une école où il est important que  l’on aille. Et je suis très heureux d’avoir pris part à cette école. Elle m’a formé. A son Premier ministre d’alors, actuellement président de l’Assemblée Nationale, Soro Guillaume, je dis également merci de m’avoir formé tout le temps qu’il était au gouvernement. En tant que Premier ministre, il a guidé nos pas. A la question de savoir qu’est-ce que je deviens, je dis à l’attention du Président de la République que suis à son entière  et totale disposition. Je suis un fonctionnaire de la République de Côte d’Ivoire. C’est d’ici (Tour E, 17e étage, porte 26, Ndlr) que je suis parti pour  être ministre, alors je suis revenu dans mon ancien bureau. Je suis un fonctionnaire au ministère de la Famille et je suis à la disposition de tout le monde.
 
Maintenant que vous n’êtes plus membre du gouvernement, peut-on savoir le secret de votre nomination pour mettre fin aux rumeurs ?
Le secret de ma nomination ?
Oui, on disait que vous étiez parrainé par Anaky Kobenan, le président de votre parti d’origine. On dit aussi que vous avez été un choix personnel de Soro Guillaume, alors Premier ministre. Dans le fonctionnement normal d’une République, c’est sur proposition du Premier ministre que le Président de la République nomme les ministres. C’est donc sur proposition du Premier ministre Soro Guillaume que le Président Alassane Ouattara m’a nommé. Je  pense que cette réponse suffit, il n’y a pas de secret.
 
Est-ce que vous avez été parrainé par votre famille politique?
Je pense que la réponse que je vous ai donnée suffit.
 
Quelle relation entreteniez-vous avec le Premier ministre  Soro Guillaume ?
Avant que je ne sois nommé, j’étais vice-président du directoire du RHDP dont le président était Djédjé Mady. Je n’étais pas un anonyme. Je suis un homme politique. Il n’y a pas eu de deal. Le Premier ministre c’est mon patron. Il y avait le G7 et dans le cadre du G7, le président Soro Guillaume était l’un de nos patrons. Et puis dans tous les cas un premier ministre dans une République comme la Côte d’Ivoire est libre de proposer qui il veut à son Président pour  nomination. Avait-il besoin d’aller faire la courbette encore ? Je ne le crois pas.  Ce que je voudrais faire savoir est que ma nomination n’a pas été faite en dehors du RHDP. Alain Lobognon est un parent mais je ne pense pas qu’il ait plaidé pour ma nomination comme on veut aussi le faire croire. Je loue Dieu pour la relation que j’ai eue avec Soro Guillaume. Je pense que c’est le Seigneur qui a fait que j’ai connu le Premier ministre Soro Guillaume et le Président de la République Alassane Ouattara. Je dis merci au Seigneur d’avoir mis ces grands hommes sur mon chemin et qui ont fait de moi ce que je suis.
 
Après votre départ du Gouvernement vous réapparaissez sur la scène politique cette fois en tant que candidat du RDR. Appartenez-vous désormais à cette famille politique ?
Vous me connaissez. Vous savez que je ne tergiverse pas. Je suis maintenant au RDR. Je ne suis plus au MFA (Mouvement des Forces d’Avenir, Ndlr). Il faudrait que tous ceux qui m’ont connu sachent que Légré Philippe est desormais un cadre du RDR. Que cela soit clair une  fois pour toute. J’ai pris ma carte et je suis militant du RDR. Point barre.
 
Pourquoi ce changement ? Que s’est-il passé au MFA ?
Je ne m’y sentais plus à l’aise et je suis parti.
 
Y a-t-il eu un problème entre vous et le président Anaky?
Je pense que le président et moi n’avons plus la même manière de voir les choses et donc libre que je suis, j’ai pris une décision et je suis parti, c’est tout.
 
Sans animosité ?
Non, je n’ai aucune animosité vis-à-vis de lui. Nous avons travaillé ensemble dans de bonnes conditions. J’ai fait mes preuves. j’ai travaillé  au MFA en tant que secrétaire général. J’ai grimpé pour atteindre la hiérarchie la plus élevée. Nous avons mené le combat au sein du MFA dans le cadre de la politique de tout ce qui est arrivé à la Côte d’Ivoire. Nous avons mené le combat. J’étais au MFA en tant que secrétaire général, numéro deux du parti et porte-parole puis vice-président et j’ai joué pleinement mon rôle. Quand à un moment donné il n’y a plus de concordance politique, quand il n’y a plus d’homogénéité, il est important que l’on se sépare dans la fraternité. Le président Anaki est un grand frère que je continuerai de respecter et à qui je dis merci parce que nous avons fait un bon moment ensemble. Pendant ce passage au MFA, j’ai beaucoup appris. Ce serait malhonnête de dire le contraire. Or, je ne veux pas être malhonnête.
 
Revenons sur votre sortie du Gouvernement. Légré Philippe était un ministre dévoué à la tâche, dynamique et fougueux. Il vouait aussi un profond respect pour le Président de la République au point même de se prosterner pour le saluer. Cette image a circulé sur les réseaux sociaux. Malheureusement au remaniement de novembre 2012, il ne garde pas son portefeuille. Que s’est-il passé ?
Il y a ce point que je voulais relever aussi. Je suis un homme bien élevé. Je ne suis pas mal élevé, je ne suis pas mal éduqué, je suis enfant d’un enseignant. Mon père était un instituteur. Il est ensuite passé conseiller pédagogique, puis professeur de CAFOP et enfin inspecteur. J’ai été bien éduqué et dans les mêmes conditions que mon frère Diby Koffi Charles. Le père de Diby Koffi Charles et mon père sont des amis. Son père vit encore mais le mien est décédé et donc nous avons été élevés dans les mêmes conditions.  Le respect de l’autorité et de l’aîné. Et donc à double titre ? je me dois de respecter le Président de la République. Je n’ai pas le droit de le regarder dans les yeux pour le saluer. C’est une impolitesse, c’est irrévérencieux! Alors ceux qui disent que moi Légré je me prosterne devant lui, dites- leur que je n’ai pas honte. Il est d’abord mon patron, puis un grand frère. Toutes les conditions sont donc réunies pour que je le respecte, chaque fois que je le rencontrerai, je le saluerai de la même manière, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure. Je vais encore me rabaisser  plus et cela ne me fait ni chaud ni froid. C’est ma manière. C’est mon éducation. Deuxièmement, un Président de la République nomme qui il veut et il l’enlève quand il veut. Donc c’est tout à fait normal. De la même manière qu’il m’a nommé,  c’est de la même manière qu’il peut m’enlever. Le Président sait à quel moment utiliser un homme et à quel moment ne pas l’utiliser. C’est son rôle et c’est son pouvoir discrétionnaire. Que je sois sorti du Gouvernement, que je n’en sois pas sorti, l’important c’est qu’à un moment donné, j’ai travaillé avec lui.  Il a pris une décision et moi je respecte les décisions des aînés. Actuellement, je suis entièrement à sa disposition. Dans la vie, il faut faire preuve d’humilité. Je suis loyal et je resterai loyal au Président de la République Alassane Ouattara, à son Premier ministre Soro Guillaume et à tous ceux qui m’ont aimé et qui continuent de m’aimer.
 
Qu’est-ce qui vous a véritablement motivé à aller au RDR alors que vous aviez aussi le choix du PDCI ?
Je pense que la vie est un choix, j’admire le Président Alassane Ouattara, j’ai été à son école. C’est extraordinaire de travailler avec ce grand homme. Sa manière de gérer la Côte d’Ivoire avec la rigueur qu’il met dans la gestion, l’honnêteté qu’il met dans la gestion du pays. Cet homme a un caractère extraordinaire, un homme qui sait où il va et c’est quelqu’un qui aime son pays. J’ai eu la chance de travailler avec lui et j’ai choisi en toute honnêteté d’être au RDR parce que j’ai une profonde admiration pour lui. Je me moque de ce que les uns diront et j’assume toujours mes responsabilités. La Côte d’Ivoire était dans un trou quand il prenait le pouvoir.  Il n’y avait pas de routes. Mais, la Côte d’Ivoire est aujourd’hui respectée sur l’échiquier international. J’ai eu la chance d’être avec le Président de la République en Grande-Bretagne. C’est la première fois que je  vivais un tel évènement en Grande Bretagne à Chatam House. C’était fabuleux, surtout à voir comment les hommes d’affaires déferlaient rien que pour écouter le chef de l’Etat vanter les atouts de son pays en français et en anglais. La salle a refusé du monde. J’étais admiratif. Avant, les passeports diplomatiques n’avaient aucune valeur. Même pour aller quelque part on exigeait un visa, en plus du passeport diplomatique. Aujourd’hui  tout est en train de se régler.
 
Vous qui avez été témoin de cet événement de Chatam House est-ce vrai que le chef de l’Etat a été reçu par la Reine d’Angleterre ?
Il a été bel et bien reçu par la Reine d’Angleterre. Il a reçu les hommes d’affaires de la Grande-Bretagne qui voulaient l’entendre. Il y a eu trois réceptions auxquelles j’ai participé. La salle était comble. Celui qui dit qu’il n’a pas été reçu par la reine d’Angleterre est malade. J’étais témoin oculaire. J’étais là. Je dis que la Côte d’Ivoire revient sur l’échiquier international  avec toute la respectabilité due à un pays. Et  ça  c’est l’aura. La Côte d’Ivoire bénéficie aujourd’hui de l’aura  positive du Président Ouattara.
 
Vous êtes pratiquement sous le charme du Président Ouattara mais la réalité est-là, implacable. Il y a la cherté de la vie, les licenciements, les grèves à l’école, en un mot le front social est en ébullition. N’est-ce pas antithétique de ce que vous décrivez ?
Non ! Ce sont les conséquences d’une gestion approximative antérieure à l’arrivée du Président. Il faut attaquer le mal de façon directe et à la racine. Les solutions sont certes douloureuses mais il le faut pour que le futur soit bon. Une plaie doit être soignée en profondeur et non de façon superficielle pour qu’elle guérisse totalement. Les augmentations des prix du gaz, du super et tout le reste devraient être faites avant. C’était nécessaire, il fallait le faire pour que la Côte d’Ivoire ne tombe pas dans le chaos. Quand nous étions au Gouvernement on parlait de régulation des prix. Vous allez voir qu’au fur et à mesure qu’on avancera, la vie sera normale. On ne peut pas prendre un pays qui est dans une certaine profondeur abyssale et tenter de le relever jusqu’à un certain niveau et vouloir que les effets soient immédiats. Cela relève du miracle. Les gens doivent pouvoir patienter.
 
Jusqu’à quand ?
Je pense que d’ici l’année 2015 la Côte d’Ivoire se relèvera totalement. 2013, est une année de relance. L’année 2012 était une année de mise en l’état. Vous allez voir que la Côte d’Ivoire sera totalement en chantier en 2013. Le Président de la République était allé pour 2000 milliards de FCFA et son aura, ainsi que la confiance placée en lui par les investisseurs  ont fait que les promesses sont  allées jusqu’à plus de 4 000 milliards de FCFA. Dans tous les domaines, la Côte d’Ivoire sera en chantier. Que ce soit dans le domaine du sport, que j’ai eu l’honneur de diriger, que ce soit dans la santé, l’agriculture, l’éducation nationale, toute la Côte d’Ivoire sera en chantier. Vous le verrez!
 
Mais, il y a que le stade de Grand-Bassam dont vous aviez annoncé la construction est à l’abandon. Comment l’expliquez-vous ?
Je voudrais d’abord parler du troisième pont qui est en chantier. Et peut-être même qu’un quatrième pont verra le jour d’ici à 2020. Puisqu’Alassane Ouattara sera réélu et fera deux mandats.  Maintenant, sur la question du stade de Bassam, Je ne voudrais pas entrer dans le détail, car je ne suis plus ministre des sports. Mais pour ce que je sais, le stade de Grand-Bassam était initialement un stade de 2.500 places pour un coût de 6 milliards. Nous l’avons mué en un stade de 25 000 places. La première partie a été exécutée. Il était question que le deuxième marché qui passe de 6 milliards à 13 milliards soit attribué à un autre entrepreneur pour qu’il fasse le travail. Et c’est sur ce dossier que nous travaillions. Il était entre le Bnetd et la direction des marchés publics quand nous sommes partis du Gouvernement. Et je pense qu’Alain Lobognon qui m’a succédé a toutes les compétences pour pouvoir démarrer les travaux.
 
Quels sont vos rapports avec le ministre Alain Lobognon ?
Il n’y a pas d’animosité entre mon neveu et moi. C’est mon frère, c’est mon jeune frère, je suis fier qu’il soit maintenu au Gouvernement. Je suis fier qu’il me succède à ce poste. Je suis fier d’avoir laissé de grands chantiers que mon jeune frère mènera à terme. Je le sais très intelligent, très travailleur. Je suis convaincu qu’il  atteindra son objectif. Le Président de la République ne reconduit pas n’importe qui au Gouvernement. Il a son flair. S’il a décidé de le maintenir, c’est qu’il a trouvé en lui d’énormes qualités, d’énormes compétences qui peuvent lui permettre d’atteindre ses objectifs. Il représente notre région au Gouvernement. De Grand-Lahou jusqu’à Tabou, c’est lui qui est le ministre en exercice. Nous sommes fiers de lui et devons prier pour qu’il réussisse sa mission. Au plan politique, il n’y a aucune brouille entre nous. Il n’y a pas de conflit de leadership. Je l’aime bien. Je ne vois pas de raison qu’il soit contre moi, ou qu’il me combatte. Voyez-vous, il a la lourde responsabilité de nous ramener la CAN.
 
La Côte d’Ivoire est aujourd’hui à la CAN. Vous avez été à la CAN dernière avec un goût d’inachevé après cette finale perdue face à la Zambie. Quel regard portez-vous sur les Eléphants cuvée 2013 ?
Le sport a joué un grand rôle en Côte d’Ivoire et continue de le jouer. Le sport a réconcilié les Ivoiriens. Personne ne peut le nier. L’une des missions que le Président a assigné au département du sport, c’était la réconciliation des Ivoiriens. En 2012, nous avons raté de justesse la coupe. C’était inexplicable. C’est ça aussi la magie du football. Un match de football ne peut pas être cerné à 100%. Nous avions bien joué. Nous n’avions pas encaissé de but. La leçon qu’on peut tirer, c’est la force mentale.  Et je pense qu’en 2013, nous avons une très bonne équipe. La Côte d’Ivoire est 14ème mondial devant la France et le Brésil. Nous avons des hommes pétris d’expériences. Avec ce que nous avons vécu en 2012, ces personnes ont envie de se racheter et de donner le meilleur d’eux-mêmes. Nous avons toutes les conditions réunies pour remporter cette coupe. Mais Dieu est Dieu. Il faut tenir compte de ce que les autres aussi évoquent Dieu. Et c’est lui (Dieu) qui a le dernier mot. J’encourage le président Sidy Diallo et son vice-président Sory Diabaté et tous les autres très dynamiques, très intelligents qui ont fait qu’au sein du groupe, il y a une cohésion totale. Les vieilles querelles n’existent plus. Avec une équipe homogène, un entraîneur qui en veut aussi, qui a été major de sa promotion. Lamouchi a rajeuni une bonne partie de l’équipe. Il y a Razak, Traoré Lacina qui est un fin buteur. Il y a aussi les Cissoko, les Wilfried Bony à qui il fait confiance. Je fais confiance à l’équipe de la Fif et à ces jeunes qui ont une prise de conscience totalement stable.
 
Environ deux ans à la tête du ministère des sports, qu’est-ce qu’on peut retenir de votre passage quand bien-même, ce n’était pas votre domaine de prédilection ?
Je suis allé à une école. Une école extraordinaire. L’école du Président Alassane Ouattara où je suis sorti aguerri. Il faut être humble quand tu vas dans un domaine. Quand tu es humble tu apprends vite. Moi, j’ai travaillé avec tout le monde, du plus petit agent au plus grand. Chacun avait son utilité. Ce que le plus petit connait, le grand peut ne pas connaître. Et le grand doit faire preuve d’humilité pour accepter l’idée du plus petit. Et nous avons fait un travail par la méthode participative comme  en agriculture ou en sociologie rurale. Chaque élément de la société a son importance. Chaque doigt de la main a sa manière de grossir. Chacun a son importance, chacun apporte sa touche. N’étant pas spécialiste du sport, j’avais des personnes intelligentes à ma disposition et à qui j’ai fait confiance. Du plus petit agent au plus grand, chacun a apporté son grain de sel. Tous les résultats obtenus ne sont pas de moi tout seul. C’est une équipe qui a travaillé, en passant du planton jusqu’au directeur. Je ne me donne pas plus d’importance à moi qu’au chauffeur, qu’au planton, qu’au secrétaire.  Chacun a son importance. C’est cette école-là qui m’a enrichi.
 
Quel est votre regard sur le vaste chantier de la réconciliation ?
La réconciliation est en train de se faire. Elle se fera. On est obligé de se réconcilier  et le Président est en train d’y mettre le prix. Moi, je sais comment ce grand homme aime les Ivoiriens, comment il aime son pays. Je suis bien placé pour dire combien il devient nerveux lorsque les Ivoiriens perdent la vie. Aujourd’hui, plus que jamais il est engagé dans ce vaste chantier parce que la Côte d’Ivoire a besoin de réconciliation et de paix pour pouvoir avancer. Le Président de la République a besoin de paix et de réconciliation pour mettre en œuvre son immense programme de gouvernement dans l’intérêt du pays. Tous les Ivoiriens ont intérêt à se réconcilier pour bénéficier des retombées de ce programme. La réconciliation est obligatoire, le Président ne reculera pas du tout devant la réconciliation.
 
Jacques Anouma, notre compatriote, a maille à partir avec les actuels dirigeants de la CAF quant à sa candidature. Quel est votre commentaire sur le fond même de cette candidature ?
La Côte d’Ivoire a apporté son soutien à Jacques Anouma quand j’étais encore aux affaires. Le Président de la République a apporté son soutien à Anouma, la Fif a fait de même. Dire que la Fif n’a pas accordé son soutien, est faux. Les gens de la CAF sont de vieilles personnes qui refusent de bouger. C’est un peu comme une case de génie. Mais, un jour où l’autre ils partiront. Je pense qu’il faut saluer le courage d’Anouma. C’est une mission noble. S’il devenait président de la CAF, ce serait un honneur pour le pays. Le Président de la République dit qu’il faut donner toutes les opportunités aux Ivoiriens pour représenter la Côte d’Ivoire dans toutes les organisations internationales. La Côte d’Ivoire ne doit plus demeurer en reste, ne doit plus laisser la place aux cadres des autres pays. C’est pourquoi, le Président de la République a véritablement encouragé Anouma dans sa candidature. Déjà, en Grande-Bretagne, il nous a donné des instructions quant au soutien à Anouma. On ne peut pas dire qu’il n’a pas été soutenu. C’est le tribunal des sports qui va décider. On attend qu’il se prononce.
 
N’y aura-t-il pas de répercutions sur le jeu des Eléphants?
(Rire) Ce n’est pas Hayatou qui joue au football. La Côte d’Ivoire s’est qualifiée au Sénégal au moment où cette histoire se passait. Je crois que cela ne peut pas jouer. Nos enfants sont très expérimentés. Ils savent où ils vont, ils savent ce qu’ils veulent. Ils ne peuvent pas tomber dans ce genre de piège. L’équipe nationale est encadrée par la FIF, par un entraineur (Sabri Lamouchi), par un ministre des sports qui est au-dessus de la FIF qui est Alain Lobognon. C’est tout une équipe. Et cette équipe, si elle coordonne bien ses activités, va remporter la coupe. Si un maillon de cette équipe est défaillant, alors on peut s’en inquiéter.  Le travail que déploie cette équipe est impressionnant et harmonieux. Il n’y a pas de raison qu’on ne gagne pas. Cela n’a rien à voir avec Issa Hayatou. Ce n’est pas lui qui va jouer sur le terrain.
 
Questions confidentielles
Quel est votre modèle en politique ?
C’est le modèle de quelqu’un qui ne relâche pas.
 
Un nom ?
Je donnerai le nom de Légré Agoua, c’est mon grand-père (rire). Le modèle de quelqu’un qui ne relâche pas, c’est un homme de consensus, un homme qui fonce. Je m’inscris dans l’histoire et non dans le présent. Dans le monde moderne, c’est le Président de la République Alassane Ouattara. C’est un grand homme.
 
Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
C’est ‘’L’aventure de Mickey’’. J’ai lu ‘’Zambla’’ et ‘’l’Oncle Picsou’’. Je trouvais toujours des moments pour lire ces livres. Mon père avait un ami Américain qui s’appelait Grant à Yamoussoukro. Pour apprendre le français, il achetait ces bandes dessinées. Et quand il finissait de les lire, il les remettait à mon père qui à son tour nous les donnait.  On était au CE1 – CE2. Ce qui nous a permis de nous exprimer. Je me suis totalement habitué aux bandes dessinées et je ne les ai plus lâchées. Entre les livres politiques, économiques et autres, je trouve le temps de lire mes BD. Le dernier livre c’est Oncle Picsou et un vieux livre de Zambla et Jock Roland.

Quel est votre journal préféré ?
C’est le quotidien ‘’Fraternité Matin’’
 
Si vous deviez être un animal, lequel seriez-vous ?
Je n’ai pas envie d’être un animal. Je veux être moi-même (rires). Nous avons un totem qui est la tortue de mer. Le village de Dagosso. Je suis d’un peuple venu du Ghana (Cape Coast). Nous avons été conduits en Côte d’Ivoire au 16ème siècle sous la conduite de la Reine Agouaba. C’est le peuple qu’on appelle le peuple Agoua. Nous avons fondé le premier village Alliekro à Aboisso. Nous avons continué, nous nous sommes arrêtés à Moossou. Nous sommes arrivés jusqu’à Vridi. Nous nous sommes retrouvés à Fresco après avoir passé à Doukako à Divo. De Fresco nous sommes allés à Dassiéko. Pour aller faire de l’huile de coco, nos parents prenaient la pirogue et quittaient l’île pour aller à la plage. C’est en cela que nous vivions de la pêche. Nous avions un oncle qu’on appelait Magbrê  qui était un pêcheur et qui a demandé le harpon d’un frère pour aller pêcher. Quand ils y sont allés, son frère lui dit si mon harpon se perd, alors ne revient pas ici. Il a vu son premier poisson qu’il a piqué avec le harpon et le poisson a disparu. Il a attendu pendant longtemps. Le poisson n’est pas revenu à la surface. Alors, il s’est jeté dans la mer et s’est retrouvé dans un village de poissons. Ces poissons lui ont demandé la raison de sa présence. Il a expliqué que c’est parce que son harpon avait piqué un poisson qu’il s’est retrouvé là. On lui rétorqua que c’est après la guérison dudit poisson que Magbrê pourra regagner son monde. Pendant ce temps, tout le monde pensait que l’oncle avait rejoint l’au-delà. Des funérailles ont été organisées pour son repos éternel. Après la guérison du poisson, Magbrê a demandé à partir mais il ne savait plus la route de son village. Alors, il a demandé à être accompagné. Tous les animaux en présence craignaient d’être tués et refusèrent de le conduire à son village. C’est ainsi que la tortue de mer a décidé de prendre le risque, mais avec une seule condition : il ne mangera ni ne tuera la tortue de mer pour quoique ce soit. Magbrê accepta le deal et enfourcha le dos de la tortue de mer qui le conduisit jusqu’à la berge. Les femmes qui venaient faire l’huile de coco l’ont donc aperçu et ont alerté les villageois. Il a été ramené au village, mais il avait perdu l’usage de la parole.  Quand il a retrouvé la voix, il a repris tout ce qui lui appartenait. Il s’est remarié avec ses épouses et a fait d’autres enfants. C’est ainsi que nous ne mangeons pas de tortue de mer. Et nous la protégeons. C’est mon animal préféré.
 
Quelle est l’œuvre d’art que vous gardez soigneusement ?
Le portrait de mon épouse
 
Votre musique préférée ?
J’aime bien le Jazz de Amstrong, de Dollet. Après le Jazz j’aime Don Williams.
 
Le plus grand projet de votre vie ?
C’est de vivre tranquille.
            Par Touré Youssouf, S. Debailly, R. Dibi (coll : SK, Ben T)

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