Affaire Michel Gbagbo / La justice française prépare-t-elle un coup contre Ouattara?

Affaire Michel Gbagbo / La justice française prépare-t-elle un coup contre Ouattara?

Les dessous de la mise d’un juge aux trousses de Soro
L’avocate Habiba Touré a crié victoire. Elle a dit que les dés sont jetés, et, que Guillaume Soro et des chefs de guerre ivoiriens ne pourront pas échapper à la justice. Le collectif des avocats du président de l’Assemblée nationale, dont aucun membre n’est cité, a réagi aussitôt, en disant que Guillaume Soro n’est au courant de rien. Les avocats du Président de l’Assemblée nationale, ont dénoncé la violation du secret de l’instruction ainisi que le caractère partisan et pamphlétaire du communiqué de Maître Habiba Touré. Entre ces deux positions, que peut-on faire comme analyse? Pour des partisans du président de l’Assemblée nationale, il s’agit d’une action tape à l’œil, dont les Lmp seraient coutumiers. Ils ajoutent qu’après la désillusion de la Haye, il s’agit d’une action médiatique visant à tenter de discréditer Guillaume Soro et de brouiller l’image de la Côte d’Ivoire. Sur le plan purement juridique, les admirateurs du Pan assurent qu’il n’a rien à se reprocher, et surtout qu’il est une personnalité en Côte d’Ivoire. Selon eux, il n’y a pas le feu. Et ils indiquent que le communiqué produit par le collectif des avocats de Soro vise simplement à rappeler à l’ordre l’avocate Habiba Touré, et n’est aucunement le signe d’une quelconque panique. Cette lecture est un peu partagée par des pro-Gbagbo qui, rappelant l’affaire Mahé et les espoirs que cela avait suscités, disent que la France ne se fera jamais hara-kiri. Selon ces pro-Gbagbo, Maître Habiba Touré et d’autres ont tort de pavoiser et de croire que la France pourrait inculper, à travers sa justice, Guillaume Soro et des chefs de guerre, pour des crimes de torture et traitements inhumains sur la personne de Michel Gbagbo. Toutefois, d’autres observateurs estiment que même en présumant que la justice française, est indépendante, le parquet qui a décidé de confier l’affaire à un juge d’instruction, dépend lui de la chancellerie et de l’exécutif. A ce titre, il aurait pu classer sans suite la plainte. Mais en autorisant un juge d’instruction à mener des investigations, la France, selon ces observateurs, semble manifester, une certaine mauvaise humeur à l’égard des autorités ivoiriennes. Dans cette lecture, la France serait donc soupçonnée de vouloir se démarquer de la justice unilatérale, de la justice des vainqueurs. “Il s’agit d’une forme indirecte de pression pour inviter les autorités ivoiriennes à faire attention et à comprendre qu’elles ne sont nullement à l’abri d’aucune poursuite judiciaire même si ce n’est pas à la Haye et à la CPI. Vous savez, le fils Obiang n’est pas poursuivi pour tortures et traitements inhumains, mais plutôt pour des délits, moins graves en apparence, notamment les biens mal acquis. A ce titre, s’il se rend aux USA et en France, il pourrait être arrêté, malgré son statut et le poids pétrolier de son pays. Donc, il faut faire attention et prendre toutes les précautions au sujet de ces choses là “, analyse un juriste qui estime que tant qu’une procédure visant à entendre Guillaume Soro n’est pas engagée, aucun acte, aucune information ne peut être portée à sa connaissance par la justice, comme l’avait déploré le conseil d’avocats du président de l’Assemblée nationale.

Tout sur la stratégie des avocats de Michel Gbagbo
Depuis le début de la plainte des avocats de Michel Gbagbo, ceux-ci ont toujours communiqué et saisi les médias. Ils avaient même manifesté dans ce sens, et tenté de perturber un séjour du président de l’Assemblée nationale, l’an dernier. «Il me parvient que Monsieur Guillaume Soro a fait état sur Internet d`une rencontre avec Monsieur Claude Bartolone, président de l`Assemblée nationale française, qui devrait avoir lieu ce lundi 2 juillet 2012, à 15h, à l’Hôtel de Lassay, à Paris. Cette audience me paraît, en tant que citoyenne française, mère d`un ressortissant français détenu depuis le 11 avril 2011 d`abord à Abidjan, puis à Bouna, choquante et scandaleuse. Elle est en totale contradiction avec le « changement» annoncé par les nouvelles autorités françaises, notamment en ce qui concerne le traitement de la question ivoirienne, et plus largement avec la défense des droits de la personne humaine. Mon fils, Michel Gbagbo, a été enlevé le 11 avril 2011, et détenu illégalement pendant des mois par des hommes sous l`autorité de Monsieur Guillaume Soro. Une plainte avec constitution de partie civile pour enlèvement, séquestration, et traitements inhumains et dégradants, a été déposée le lundi 25 juin 2012 devant le doyen des juges d`instruction du Tribunal de Grande Instance de Paris par Maître Habiba Touré, son avocate, dans le cadre de cette affaire. Les autorités françaises en sont informées, et ne peuvent ignorer le rôle de Monsieur Guillaume Soro dans les faits criminels qui lui sont reprochés. J`exhorte donc Monsieur Claude Bartolone, président de l`Assemblée nationale, à ne pas recevoir le geôlier d`un ressortissant français qui demeure détenu du seul fait de son patronyme. Il revient au quatrième personnage de l`Etat de protéger et servir les intérêts de ses concitoyens, et certainement pas de recevoir leur tortionnaire», s’était indignée la mère de Michel Gbagbo.

Réaction du président de l’Assemblée nationale
Guillaume Soro avait en retour répondu, à une sortie d’Alain Toussaint, en ces termes : «Attaquer Guillaume Kigbafori Soro et les officiers supérieurs des FRCI en tant qu`individus est une hérésie. Michel Gbagbo et tous les membres du clan Gbagbo, qui ont pris la décision de s`opposer au verdict des urnes et de répondre par le sang aux appels à la raison, ont été arrêtés, en exécution d`un ordre présidentiel. Si Habiba Touré et Alain Toussaint veulent s`offrir un quart d`heure de célébrité au détriment de Michel Gbagbo, je leur conseille d`attraire l`Etat ivoirien, le Conseil de sécurité de l`ONU qui a ordonné les frappes contre les armes lourdes de Gbagbo, l`Etat français qui a agi en tant que force d`appui à l`ONUCI, la CEDEAO qui a ordonné la neutralisation des forces pro-Gbagbo ainsi que l`Union africaine qui a saisi le Conseil de sécurité de l`ONU aux fins d`intervenir militairement en Côte d`Ivoire». A cette étape de la procédure, la justice française n’a encore rien signifié aux avocats de Soro, se contentant de répondre à la partie plaignante. L’affaire peut bien finir par un non-lieu. Mais tout le long de la procédure, les avocats et partisans de Michel Gbagbo, auront beau jeu de vouloir porter atteinte à l’image du Président de l’Assemblée nationale et des autorités ivoiriennes. Dans une déclaration diffusée hier,’’ la génération Guillaume Soro’’, a dénoncé une cabale et une machination politique.
Ismaël Dembélé

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