Dans les années 1980 et 1990, l’artiste-chanteur Jean-Baptiste Zibodi a fait danser les Ivoiriens et les Ivoiriennes avec ses genres musicaux notamment sa chanson ‘’Marie-Josée’’. Dans cette interview, Bahi fils Gnahoré, qui se fera connaître sous le pseudonyme de Jean-Baptiste Zibodi, revient sur ce succès, parle de la suite de sa carrière et de l’apport des artistes dans la réconciliation nationale.
Depuis 22 ans, Jean-Baptiste Zibodi est loin de la scène. Que devient l’artiste ?
Je suis à Paris, mon lieu de résidence depuis une quarantaine d’années et je suis à la fonction publique territoriale comme agent de police agréé et assermenté. Je suis à une année de ma retraite. C’est pour ce métier que j’ai arrêté momentanément la musique. Mais j’y reviens tout doucement avec les jeunes d’ici et quand tout sera bouclé en Côte d’Ivoire, je retournerai à Paris (Ndlr : il était de passage à Abidjan) pour tout confier à Bamba Yang, mon arrangeur. Je suis à Abidjan, pour les travaux de ma maison.
Vous avez marqué les Ivoiriens avec votre chanson
‘’Marie-Josée’’. Un commentaire sur ce succès qui reste jusqu’aujourd’hui gravé dans les esprits.
En fait, avant ‘’Marie-Josée’’, produit il y a de cela 22 ans, il y a eu beaucoup de titres qui n’ont pas eu de succès, parce que chantés dans ma langue maternelle. Le Bété. J’ai réfléchi, avec l’expérience que j’ai acquise sur le terrain, à intégrer dans mon chant le Français qui est une langue coloniale. Et le succès a pris tout de suite. Après 22 ans d’absence sur la scène, les gens parlent toujours de moi et j’en suis heureux. ‘’Marie-Josée’’ m’a permis de vendre et de gagner un peu d’argent. L’album a été vendu autant en Europe qu’en Côte d’ Ivoire.
‘’Marie-Josée’’, une histoire réelle ?
‘’Marie-Josée’’ est de la pure imagination parce qu’à un moment donné, l’artiste doit créer. Quand il y a de l’inspiration, la créativité doit suivre. J’ai toujours chanté en Bété. Les titres comme ‘’’Zôgôpê’’, ‘’Tedigazois’’ arrangés par Wédji Ped ont été également des succès qui, certes pas de la dimension de ‘’Marie-Josée’’, mais ces chansons m’ont permis de me faire connaître. C’est après ces titres que j’ai décidé de chanter en français. ‘’Marie-Josée’’, une histoire que les gens ont aimé et elle collait à la réalité. En fait, j’ai imaginé l’histoire d’une fille qui rejetait à chaque fois tous les garçons et quand moi j’arrive, je lui dis, ‘’si tu ne viens pas, les nanas ça pleure’’. En même temps que cela fait rire, elle colle à la réalité.
Après le succès de ‘’Marie-Josée’’, on ne verra plus Jean-Baptiste Zibodi. Pourquoi cette absence ?
Cela est dû à une mauvaise gestion de ma carrière et j’endosse cette responsabilité. J’étais jeune et quand on est jeune avec le succès, l’argent qu’on gagne, si on n’est pas rigoureux, on le dilapide sans en faire grand chose. J’ai vraiment eu de l’argent avec le succès de ‘’Marie-Josée’’ parce qu’à l’époque, la piraterie n’existait pas, il n’y avait pas de CD, ni de clé USB. Mais malheureusement, je n’ai pas su gérer ma carrière pendant cette période de gloire.
Malgré ce passage à vide, quelle suite vous entendez donner à votre carrière ?
Je suis en studio pour reprendre 6 titres dont ‘’Bonjour la Côte d’Ivoire’’, ‘’Daloa mon amour’’, ‘’Plus belle la vie’’ qui sont chantés dans toutes les langues. Bien avant, j’ai fait un best of qui se vend actuellement en Europe. Ce best-of n’est pas vendu en Côte d’Ivoire où j’ai juste partagé quelques exemplaires à mes amis. Hormis cela, je prépare avec des artistes ivoiriens au moins une dizaine de chansons à la guitare acoustique. Vous écouterez des mélodies en français, en Baoulé et en Dioula. J’ai envie de faire de la musique pour ne pas que les Ivoiriens m’oublient jusqu’à ce que je quitte la scène. Après, je ferai mon jubilée à Abidjan, Daloa et Bouaké. Dans ces villes où j’ai fait l’armée et j’étais sergent. Je pense que si j’étais resté dans ce corps de métier, je serai devenu un grand général.
Vous faites partie des doyens de la musique ivoirienne, une musique qui a perdu l’un de ses précurseurs, Amédée Pierre. Votre commentaire sur la disparition du Dopé national?
C’est une grande perte. A l’annonce de sa mort, les artistes de Paris dont je suis le président en exercice, nous nous sommes réunis pour rendre un grand hommage au doyen Amédée Pierre, grand maître de la parole. Nous avons récolté des fonds à l’endroit de la famille du grand frère, Amédée Pierre. En tant que guitariste, j’ai joué un peu avec lui. C’est une grande perte pour la nation, pour tous les mélomanes ivoiriens et ceux de la sous-région. Amédée Pierre était écouté avec ses textes simples, ses coups de gueule. Nous avons perdu une icône de la musique ivoirienne, paix à son âme et que la terre lui soit légère.
Les jeunes sont plus présents sur la scène en Côte d’Ivoire, avec une suprématie des musiques DJ et Zouglou. Comment expliquez-vous cela ?
La musique c’est comme la mode, il y avait le golygoly, une tendance musicale qui est venue de l’Afrique du Sud, après il y a eu le Tchatcha, etc. Aujourd’hui, c’est le Coupé-Décalé qui est une tendance musicale qui va disparaître. Cette tendance sera éphémère. Si on me demande de choisir entre le zouglou et le Coupé-Décalé, je choisirai le zouglou parce que dans ce genre musical, il y a des textes. Dans le Coupé-Décalé, j’aime les courbes musicales, j’aime tout ce qui est mélodie, mais il n’y a pas de parole et je ne comprends rien. Dans cette musique, ce que le batteur doit faire, le chanteur le fait à la bouche. Je ne suis pas près à payer le CD d’un DJ parce que cela ne m’apporte pas un plus. Les acteurs du Coupé-Décalé doivent améliorer leurs chansons en y ajoutant des textes.
Vous êtes le président des artistes ivoiriens en France. Qu’en est-il de vos actions ?
L’association a fait un travail de fond pour l’unité des artistes. A l’époque, on a rencontré Ali Coulibaly qui était l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France. Gadji Céli, Serges Kassi, John Yalley,… et nous, on se rencontre régulièrement. L’artiste peut avoir des affinités, j’ai des amis ministres, mon grand ami, le ministre Adjoumani Kobenan, je vais chez lui sans rendez-vous, on ne parle pas politique. Il a son métier, il est politicien et moi je suis artiste-chanteur. Il est vrai que des erreurs ont été commises. Les gouvernements passent, les Chefs d’Etats passent, mais la Côte d’Ivoire demeure. Le succès d’un artiste doit toujours commencer par son pays. Un artiste doit toujours œuvrer pour son pays. Quand on me parle de ‘’Marie-Josée’’, après 22 ans, c’est que le succès a commencé en Côte d’Ivoire. C’est pour cela, que j’exhorte les artistes ivoiriens qui sont en France à la solidarité. J’ai espoir que tous les artistes en exil rentreront au pays.
Pour vous, qu’est ce qu’on peut attendre des artistes ivoiriens pour une réelle réconciliation nationale ?
Nous avons initié une caravane qui s’est cassée la figure. Des artistes se sont saisis de l’argent qu’ils ont dilapidé. La caravane s’est cassée la figure parce qu’une caravane ne se limite pas à quelques villes de Côte d’Ivoire. Avec tout cet argent de près d’un milliard, les artistes auraient pu sillonner la Côte d’Ivoire profonde et aller dans la sous-région. Bientôt, nous allons initier une autre caravane qui ne va pas mobiliser autant d’argent. J’ai rencontré le président de l’Union nationale des artistes de Côte d’Ivoire, (Unartci), Ken Adamo, nous avons rencontré aussi notre ministre de tutelle, je crois que la machine est en route pour qu’on démarre une tournée de paix et de réconciliation nationale. Réalisée par S.P et S.K
Les Eléphants dames de la Côte d’Ivoire ont réussi leur entrée dans la 8e édition de la Coupe d’Afrique des Nations féminine, le lundi 29 octobre 2012 au stade de […]
Interview / 22 ans après Jean-Baptiste Zibodi raconte ‘’Marie-Josée’’
Dans les années 1980 et 1990, l’artiste-chanteur Jean-Baptiste Zibodi a fait danser les Ivoiriens et les Ivoiriennes avec ses genres musicaux notamment sa chanson ‘’Marie-Josée’’. Dans cette interview, Bahi fils Gnahoré, qui se fera connaître sous le pseudonyme de Jean-Baptiste Zibodi, revient sur ce succès, parle de la suite de sa carrière et de l’apport des artistes dans la réconciliation nationale.
Depuis 22 ans, Jean-Baptiste Zibodi est loin de la scène. Que devient l’artiste ?
Je suis à Paris, mon lieu de résidence depuis une quarantaine d’années et je suis à la fonction publique territoriale comme agent de police agréé et assermenté. Je suis à une année de ma retraite. C’est pour ce métier que j’ai arrêté momentanément la musique. Mais j’y reviens tout doucement avec les jeunes d’ici et quand tout sera bouclé en Côte d’Ivoire, je retournerai à Paris (Ndlr : il était de passage à Abidjan) pour tout confier à Bamba Yang, mon arrangeur. Je suis à Abidjan, pour les travaux de ma maison.
Vous avez marqué les Ivoiriens avec votre chanson
‘’Marie-Josée’’. Un commentaire sur ce succès qui reste jusqu’aujourd’hui gravé dans les esprits.
En fait, avant ‘’Marie-Josée’’, produit il y a de cela 22 ans, il y a eu beaucoup de titres qui n’ont pas eu de succès, parce que chantés dans ma langue maternelle. Le Bété. J’ai réfléchi, avec l’expérience que j’ai acquise sur le terrain, à intégrer dans mon chant le Français qui est une langue coloniale. Et le succès a pris tout de suite. Après 22 ans d’absence sur la scène, les gens parlent toujours de moi et j’en suis heureux. ‘’Marie-Josée’’ m’a permis de vendre et de gagner un peu d’argent. L’album a été vendu autant en Europe qu’en Côte d’ Ivoire.
‘’Marie-Josée’’, une histoire réelle ?
‘’Marie-Josée’’ est de la pure imagination parce qu’à un moment donné, l’artiste doit créer. Quand il y a de l’inspiration, la créativité doit suivre. J’ai toujours chanté en Bété. Les titres comme ‘’’Zôgôpê’’, ‘’Tedigazois’’ arrangés par Wédji Ped ont été également des succès qui, certes pas de la dimension de ‘’Marie-Josée’’, mais ces chansons m’ont permis de me faire connaître. C’est après ces titres que j’ai décidé de chanter en français. ‘’Marie-Josée’’, une histoire que les gens ont aimé et elle collait à la réalité. En fait, j’ai imaginé l’histoire d’une fille qui rejetait à chaque fois tous les garçons et quand moi j’arrive, je lui dis, ‘’si tu ne viens pas, les nanas ça pleure’’. En même temps que cela fait rire, elle colle à la réalité.
Après le succès de ‘’Marie-Josée’’, on ne verra plus Jean-Baptiste Zibodi. Pourquoi cette absence ?
Cela est dû à une mauvaise gestion de ma carrière et j’endosse cette responsabilité. J’étais jeune et quand on est jeune avec le succès, l’argent qu’on gagne, si on n’est pas rigoureux, on le dilapide sans en faire grand chose. J’ai vraiment eu de l’argent avec le succès de ‘’Marie-Josée’’ parce qu’à l’époque, la piraterie n’existait pas, il n’y avait pas de CD, ni de clé USB. Mais malheureusement, je n’ai pas su gérer ma carrière pendant cette période de gloire.
Malgré ce passage à vide, quelle suite vous entendez donner à votre carrière ?
Je suis en studio pour reprendre 6 titres dont ‘’Bonjour la Côte d’Ivoire’’, ‘’Daloa mon amour’’, ‘’Plus belle la vie’’ qui sont chantés dans toutes les langues. Bien avant, j’ai fait un best of qui se vend actuellement en Europe. Ce best-of n’est pas vendu en Côte d’Ivoire où j’ai juste partagé quelques exemplaires à mes amis. Hormis cela, je prépare avec des artistes ivoiriens au moins une dizaine de chansons à la guitare acoustique. Vous écouterez des mélodies en français, en Baoulé et en Dioula. J’ai envie de faire de la musique pour ne pas que les Ivoiriens m’oublient jusqu’à ce que je quitte la scène. Après, je ferai mon jubilée à Abidjan, Daloa et Bouaké. Dans ces villes où j’ai fait l’armée et j’étais sergent. Je pense que si j’étais resté dans ce corps de métier, je serai devenu un grand général.
Vous faites partie des doyens de la musique ivoirienne, une musique qui a perdu l’un de ses précurseurs, Amédée Pierre. Votre commentaire sur la disparition du Dopé national?
C’est une grande perte. A l’annonce de sa mort, les artistes de Paris dont je suis le président en exercice, nous nous sommes réunis pour rendre un grand hommage au doyen Amédée Pierre, grand maître de la parole. Nous avons récolté des fonds à l’endroit de la famille du grand frère, Amédée Pierre. En tant que guitariste, j’ai joué un peu avec lui. C’est une grande perte pour la nation, pour tous les mélomanes ivoiriens et ceux de la sous-région. Amédée Pierre était écouté avec ses textes simples, ses coups de gueule. Nous avons perdu une icône de la musique ivoirienne, paix à son âme et que la terre lui soit légère.
Les jeunes sont plus présents sur la scène en Côte d’Ivoire, avec une suprématie des musiques DJ et Zouglou. Comment expliquez-vous cela ?
La musique c’est comme la mode, il y avait le golygoly, une tendance musicale qui est venue de l’Afrique du Sud, après il y a eu le Tchatcha, etc. Aujourd’hui, c’est le Coupé-Décalé qui est une tendance musicale qui va disparaître. Cette tendance sera éphémère. Si on me demande de choisir entre le zouglou et le Coupé-Décalé, je choisirai le zouglou parce que dans ce genre musical, il y a des textes. Dans le Coupé-Décalé, j’aime les courbes musicales, j’aime tout ce qui est mélodie, mais il n’y a pas de parole et je ne comprends rien. Dans cette musique, ce que le batteur doit faire, le chanteur le fait à la bouche. Je ne suis pas près à payer le CD d’un DJ parce que cela ne m’apporte pas un plus. Les acteurs du Coupé-Décalé doivent améliorer leurs chansons en y ajoutant des textes.
Vous êtes le président des artistes ivoiriens en France. Qu’en est-il de vos actions ?
L’association a fait un travail de fond pour l’unité des artistes. A l’époque, on a rencontré Ali Coulibaly qui était l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France. Gadji Céli, Serges Kassi, John Yalley,… et nous, on se rencontre régulièrement. L’artiste peut avoir des affinités, j’ai des amis ministres, mon grand ami, le ministre Adjoumani Kobenan, je vais chez lui sans rendez-vous, on ne parle pas politique. Il a son métier, il est politicien et moi je suis artiste-chanteur. Il est vrai que des erreurs ont été commises. Les gouvernements passent, les Chefs d’Etats passent, mais la Côte d’Ivoire demeure. Le succès d’un artiste doit toujours commencer par son pays. Un artiste doit toujours œuvrer pour son pays. Quand on me parle de ‘’Marie-Josée’’, après 22 ans, c’est que le succès a commencé en Côte d’Ivoire. C’est pour cela, que j’exhorte les artistes ivoiriens qui sont en France à la solidarité. J’ai espoir que tous les artistes en exil rentreront au pays.
Pour vous, qu’est ce qu’on peut attendre des artistes ivoiriens pour une réelle réconciliation nationale ?
Nous avons initié une caravane qui s’est cassée la figure. Des artistes se sont saisis de l’argent qu’ils ont dilapidé. La caravane s’est cassée la figure parce qu’une caravane ne se limite pas à quelques villes de Côte d’Ivoire. Avec tout cet argent de près d’un milliard, les artistes auraient pu sillonner la Côte d’Ivoire profonde et aller dans la sous-région. Bientôt, nous allons initier une autre caravane qui ne va pas mobiliser autant d’argent. J’ai rencontré le président de l’Union nationale des artistes de Côte d’Ivoire, (Unartci), Ken Adamo, nous avons rencontré aussi notre ministre de tutelle, je crois que la machine est en route pour qu’on démarre une tournée de paix et de réconciliation nationale. Réalisée par S.P et S.K