Le fils de l’ex-président du Sénégal Abdoulaye Wade a été interpellé hier à Dakar, par la police sur ordre de la justice. Il est à nouveau menacé d’arrestation, après des mois de longues et multiples auditions par les enquêteurs. A l’annonce de cette donne, des rumeurs ont fait état du retour possible au pays de son père, dès ce jour. L’interpellation de l’ancien ” ministre du ciel et de la terre” du Sénégal a ébranlé bien de milieux politiques tant au Sénégal qu’en Afrique. Les questions fusent. Dans un continent où la justice a du mal a s’émanciper du politique, la justice sénégalaise est-elle totalement libre et affranchie ? Le milliard d’euro de fortune prêté à Karim Wade suscite des doutes et, alors que la justice lui demande de prouver et de justifier l’origine de ce milliard d’euro supposé, des observateurs estiment que c’est au procureur spécial d’identifier de telles ressources et de montrer qu’elles ont été acquises de façon illicite et irrégulière. Le débat fait rage. Hier une lettre attribuée à Karim Wade a été diffusée. Présentée comme la réponse au procureur spécial, cette lettre mettait en avant l’honneur et l’intégrité des Wade et laissait entendre que Karim Wade ne se reconnaissait pas dans les accusations d’abus de biens sociaux et d’enrichissement illicite et rapide. Sur le coup il faut dire que le président Macky Sall et la justice sénégalaise jouent gros. Karim Wade et les siens jouent également gros et très gros. Au delà de tout emprisonnement, si la preuve est faite que Karim Wade a abusé des ressources publiques, ce sera un coup dur sur son image et sur sa carrière politique. L’image du président Wade sera également écornée et ruinée. Si par contre rien n’était trouvé contre lui, le désaveu pour la justice et même pour le président Macky Sall sera terrible. Et le peuple sénégalais, qui sait lutter contre les injustices et les libertés prises avec la loi, saura en tirer toutes les conséquences sociales et politiques. En clair, l’essentiel n’est pas d’emprisonner Karim Wade mais plutôt de donner des preuves du fait qu’il a pillé les ressources publiques à des fins personnelles et de façon non réglementaire. L’affaire est éminemment politique. L’enjeu politique fait que le dossier n’est pas simplement juridique et judiciaire. Chaque camp risque de perdre beaucoup dans cette bataille avant l’heure de la prochaine présidentielle. Selon des informations parvenues de Dakar hier, l’ex-président Abdoulaye Wade, qui sent son honneur et sa dignité mises en cause, et qui estime que c’est lui qui est visé, envisage de se rendre à Dakar pour se constituer prisonnier. Depuis la passation des charges et la campagne pour les législatives, Abdoulaye Wade s’était astreint à une obligation de réserve pour ne pas gêner son successeur et ex-filleul (ou poulain). “Il veut venir dire qu’il assume le bilan, que c’est lui qui était le président et non pas Karim, et que s’il y a eu malversation c’est lui le responsable et le coupable. Abdoulaye Wade estime qu’il doit préserver la dignité et l’intégrité morale des siens”, explique une source dakaroise, qui dit craindre pour Macky Sall, qui joue, selon elle, très gros en franchissant le rubicond d’un emprisonnement de Karim Wade, transformé en martyr et rendu sympathique à cause de l’épreuve judiciaire qu’il subit. Une épreuve qui tend à le banaliser et à le faire percevoir comme un sénégalais normal et ordinaire. On le disait déconnecté et loin des réalités du Sénégal, et voici Karim Wade, qui a maille à partir avec la justice de son pays, qui n’a pas fui, ni choisi l’exil, qui ne bénéficie d’aucun passe-droit et qui subit le traitement qu’aurait subi tout autre sénégalais. Loin du pouvoir et face aux procédures judiciaires, l’homme redevient presque sympathique et semble avoir pour allié, Macky Sall, qui a oublié que c’est du purgatoire que lui a infligé Abdoulaye Wade, qu’il a tiré sa légitimité et a trouvé l’énergie pour mieux s’opposer au régime. Comment le chef de l’Etat sénégalais peut-il oublier son parcours et espérer dans ce Sénégal plus ou moins démocratique, briser la carrière et la crédibilité de Karim Wade, à travers sa lutte engagée contre l’impunité ? Les meilleurs alliés des hommes politiques, restent manifestement leurs adversaires politiques. Vu sous cet angle, des observateurs estiment que Macky Sall joue gros et joue même avec le feu, dans l’attente de la manifestation de la vérité, par la divulgation de toutes les preuves, loin des soupçons et de simples allégations non étayés. L’affaire Cahuzac est bien là pour montrer que face à une justice perspicace, Karim Wade ne peut que passer aux aveux, si les preuves qu’il ne donne pas, sont finalement réunies par la justice et montrées à tout le monde. Dans cette ère de transparence, cela ne devrait pas être très difficile pour le procureur spécial et pour la justice sénégalaise. Un moment facilitateur dans les relations ivoiro-ivoiriennes entre le président Ouattara et l’opposition FPI, le chef de l’Etat sénégalais est bien placé, pour savoir que les rapports humains, constituent une dimension importante dans la gestion de l’Etat et la vie politique d’un pays. Macky Sall et la justice sénégalaise (qui soit dit en passant peut ne pas avoir le même agenda que lui) doivent éviter de trop tirer sur la corde sans nullement faire le lit de la complaisance, ni donner une prime à l’impunité. Il ne faut pas trop tirer sur la corde, encore moins jouer avec le feu…
Par Charles Kouassi
Editorial Quand Macky Sall et la justice se transforment en alliés des Wade….
Le fils de l’ex-président du Sénégal Abdoulaye Wade a été interpellé hier à Dakar, par la police sur ordre de la justice. Il est à nouveau menacé d’arrestation, après des mois de longues et multiples auditions par les enquêteurs. A l’annonce de cette donne, des rumeurs ont fait état du retour possible au pays de son père, dès ce jour. L’interpellation de l’ancien ” ministre du ciel et de la terre” du Sénégal a ébranlé bien de milieux politiques tant au Sénégal qu’en Afrique. Les questions fusent. Dans un continent où la justice a du mal a s’émanciper du politique, la justice sénégalaise est-elle totalement libre et affranchie ? Le milliard d’euro de fortune prêté à Karim Wade suscite des doutes et, alors que la justice lui demande de prouver et de justifier l’origine de ce milliard d’euro supposé, des observateurs estiment que c’est au procureur spécial d’identifier de telles ressources et de montrer qu’elles ont été acquises de façon illicite et irrégulière. Le débat fait rage. Hier une lettre attribuée à Karim Wade a été diffusée. Présentée comme la réponse au procureur spécial, cette lettre mettait en avant l’honneur et l’intégrité des Wade et laissait entendre que Karim Wade ne se reconnaissait pas dans les accusations d’abus de biens sociaux et d’enrichissement illicite et rapide. Sur le coup il faut dire que le président Macky Sall et la justice sénégalaise jouent gros. Karim Wade et les siens jouent également gros et très gros. Au delà de tout emprisonnement, si la preuve est faite que Karim Wade a abusé des ressources publiques, ce sera un coup dur sur son image et sur sa carrière politique. L’image du président Wade sera également écornée et ruinée. Si par contre rien n’était trouvé contre lui, le désaveu pour la justice et même pour le président Macky Sall sera terrible. Et le peuple sénégalais, qui sait lutter contre les injustices et les libertés prises avec la loi, saura en tirer toutes les conséquences sociales et politiques. En clair, l’essentiel n’est pas d’emprisonner Karim Wade mais plutôt de donner des preuves du fait qu’il a pillé les ressources publiques à des fins personnelles et de façon non réglementaire. L’affaire est éminemment politique. L’enjeu politique fait que le dossier n’est pas simplement juridique et judiciaire. Chaque camp risque de perdre beaucoup dans cette bataille avant l’heure de la prochaine présidentielle. Selon des informations parvenues de Dakar hier, l’ex-président Abdoulaye Wade, qui sent son honneur et sa dignité mises en cause, et qui estime que c’est lui qui est visé, envisage de se rendre à Dakar pour se constituer prisonnier. Depuis la passation des charges et la campagne pour les législatives, Abdoulaye Wade s’était astreint à une obligation de réserve pour ne pas gêner son successeur et ex-filleul (ou poulain). “Il veut venir dire qu’il assume le bilan, que c’est lui qui était le président et non pas Karim, et que s’il y a eu malversation c’est lui le responsable et le coupable. Abdoulaye Wade estime qu’il doit préserver la dignité et l’intégrité morale des siens”, explique une source dakaroise, qui dit craindre pour Macky Sall, qui joue, selon elle, très gros en franchissant le rubicond d’un emprisonnement de Karim Wade, transformé en martyr et rendu sympathique à cause de l’épreuve judiciaire qu’il subit. Une épreuve qui tend à le banaliser et à le faire percevoir comme un sénégalais normal et ordinaire. On le disait déconnecté et loin des réalités du Sénégal, et voici Karim Wade, qui a maille à partir avec la justice de son pays, qui n’a pas fui, ni choisi l’exil, qui ne bénéficie d’aucun passe-droit et qui subit le traitement qu’aurait subi tout autre sénégalais. Loin du pouvoir et face aux procédures judiciaires, l’homme redevient presque sympathique et semble avoir pour allié, Macky Sall, qui a oublié que c’est du purgatoire que lui a infligé Abdoulaye Wade, qu’il a tiré sa légitimité et a trouvé l’énergie pour mieux s’opposer au régime. Comment le chef de l’Etat sénégalais peut-il oublier son parcours et espérer dans ce Sénégal plus ou moins démocratique, briser la carrière et la crédibilité de Karim Wade, à travers sa lutte engagée contre l’impunité ? Les meilleurs alliés des hommes politiques, restent manifestement leurs adversaires politiques. Vu sous cet angle, des observateurs estiment que Macky Sall joue gros et joue même avec le feu, dans l’attente de la manifestation de la vérité, par la divulgation de toutes les preuves, loin des soupçons et de simples allégations non étayés. L’affaire Cahuzac est bien là pour montrer que face à une justice perspicace, Karim Wade ne peut que passer aux aveux, si les preuves qu’il ne donne pas, sont finalement réunies par la justice et montrées à tout le monde. Dans cette ère de transparence, cela ne devrait pas être très difficile pour le procureur spécial et pour la justice sénégalaise. Un moment facilitateur dans les relations ivoiro-ivoiriennes entre le président Ouattara et l’opposition FPI, le chef de l’Etat sénégalais est bien placé, pour savoir que les rapports humains, constituent une dimension importante dans la gestion de l’Etat et la vie politique d’un pays. Macky Sall et la justice sénégalaise (qui soit dit en passant peut ne pas avoir le même agenda que lui) doivent éviter de trop tirer sur la corde sans nullement faire le lit de la complaisance, ni donner une prime à l’impunité. Il ne faut pas trop tirer sur la corde, encore moins jouer avec le feu…
Par Charles Kouassi