Une soviétique arriva, un matin froid de décembre, à New-York. C’était sous l’époque du Président Lyndon B Johnson. Dès qu’elle se vit dans la cinquième avenue, elle se mit à lancer des injures contre le Président américain et la société américaine. Aucun passant ne prêta attention à ce qu’elle disait. Encore moins la police. Plus ses guides tentaient de la calmer, son vacarme s’amplifiait. Le soir, elle donna les vraies raisons de son comportement à ceux qui avaient réussi à la faire sortir du rideau de fer que représentait à l’époque l’URSS. Dans son pays, on emprisonnait pour peu. Il ne viendra dans l’esprit d’aucun citoyen de porter une critique contre son professeur, à fortiori un responsable politique. On lui avait dit qu’aux Etats-Unis, la patrie de la liberté, on pouvait tout dire sans être inquiété. Elle venait de l’expérimenter. Nous étions encore collégiens quand cette histoire remplissait nos discussions d’adolescents. Nous étions encore sous le règne du parti unique. Pas question de critiquer le régime politique. C’était encore l’Afrique du respect de l’aîné, des parents. C’est le Président Senghor, au Sénégal, à la surprise générale, qui va ouvrir la boîte à pandore pour le monde francophone africain. Nous regardions, médusés, les Sénégalais s’en prendre sans discernement à celui qui venait d’ouvrir leur « bouche ». De nombreuses personnes du continent, des politiciens, lui en voulaient. On le taxait de toubab. Car un vrai africain ne permettra jamais que des adolescents s’en prennent à leurs parents. Dans les rues de Dakar naissaient de nombreuses personnes au comportement de la soviétique. Senghor restait indifférent à toutes ces critiques douces ou acerbes. C’est l’un de mes professeurs de français qui me fit comprendre les raisons de la liberté d’expression dans une société sous la démocratie. Un régulateur de la société, de la violence, de l’aigreur. Le peuple dans une grande majorité, l’élite en particulier, n’aime pas les gens du pouvoir même si eux aussi ne sont obsédés que par le désir de l’exercer. Cette frustration d’un bonheur perdu crée tant de frustrations que seule la liberté d’expression peut arriver à calmer les tensions de toutes sortes. De même le petit peuple, encore plus frustré, par sa pauvreté, croyant que les gens du pouvoir possèdent tout, sont remplis de joie et d’espoir s’ils arrivent à dire ce qu’ils croient la vérité. La presse par ses titres divers leur donne le bonheur de la journée. Quelle joie de voir que le grand pouvait être descendu en flammes tous les jours et surtout qu’on ne respecte plus personne dans cette Afrique vouée à jamais au modèle démocratique occidental. Cette liberté d’expression, cette information vraie ou fausse, réduit très fortement les conflits dans une société. Peu, très peu de violence. De même que de conflits sociaux qui trouvent une voie d’évacuation par l’expression libre. Du pain béni pour les dirigeants politiques et sociaux. L’une des causes du retard de l’Afrique n’est-elle pas liée à cette démocratie du père et du grand-frère ? Le petit doit se taire et respecter l’aîné. Rien ne pouvait se dire en public contre les dépositaires de la tradition, de la chefferie et encore moins du royaume. Avec le retour de la démocratie en Afrique, sous la poussée de François Mitterrand imitant Gorbatchev pour le bloc soviétique, l’Afrique est devenue un vaste chantier de critique. Cette liberté d’expression permet de grandes avancées économiques et sociales. Comme Senghor, à l’époque, tous les dirigeants africains ont compris que laisser dire tout et n’importe quoi ne pouvait pas du tout nuire à leur programme. Léonard de Vinci disait que tout obstacle renforce la détermination. En plus les critiques viennent de partout, créant une cacophonie incroyable. Dans ce bruit, il n’est pas possible d’entendre quelqu’un. Sauf quelques éditorialistes. Tout le monde parlant à la fois, aucune voix ne porte. Ceux qu’on croit attaquer ou vilipendé ne se sentent pas visés car n’entendant pas, méprisant ou se montrant indifférents. Et c’est Félix Houphouët-Boigny qui trouva à l’époque la formule pour ses pairs. « Ils salissent leur bouche». Le dirigeant politique a une autre mesure d’écoute du peuple faite avec plus de sérénité. Nous pouvons donc continuer de profiter de notre liberté d’expression devenue une exigence des grandes puissances et des bailleurs de fonds. Dire du mal contre quelqu’un ne lui fait pas de mal surtout que beaucoup d’autres disent du bien de lui. Ainsi va l’Afrique.
Par Isaïe Biton Koulibaly
A la semaine prochaine.
Les samedis de Biton A quoi ça sert la liberté d’expression ?
Une soviétique arriva, un matin froid de décembre, à New-York. C’était sous l’époque du Président Lyndon B Johnson. Dès qu’elle se vit dans la cinquième avenue, elle se mit à lancer des injures contre le Président américain et la société américaine. Aucun passant ne prêta attention à ce qu’elle disait. Encore moins la police. Plus ses guides tentaient de la calmer, son vacarme s’amplifiait. Le soir, elle donna les vraies raisons de son comportement à ceux qui avaient réussi à la faire sortir du rideau de fer que représentait à l’époque l’URSS. Dans son pays, on emprisonnait pour peu. Il ne viendra dans l’esprit d’aucun citoyen de porter une critique contre son professeur, à fortiori un responsable politique. On lui avait dit qu’aux Etats-Unis, la patrie de la liberté, on pouvait tout dire sans être inquiété. Elle venait de l’expérimenter. Nous étions encore collégiens quand cette histoire remplissait nos discussions d’adolescents. Nous étions encore sous le règne du parti unique. Pas question de critiquer le régime politique. C’était encore l’Afrique du respect de l’aîné, des parents. C’est le Président Senghor, au Sénégal, à la surprise générale, qui va ouvrir la boîte à pandore pour le monde francophone africain. Nous regardions, médusés, les Sénégalais s’en prendre sans discernement à celui qui venait d’ouvrir leur « bouche ». De nombreuses personnes du continent, des politiciens, lui en voulaient. On le taxait de toubab. Car un vrai africain ne permettra jamais que des adolescents s’en prennent à leurs parents. Dans les rues de Dakar naissaient de nombreuses personnes au comportement de la soviétique. Senghor restait indifférent à toutes ces critiques douces ou acerbes. C’est l’un de mes professeurs de français qui me fit comprendre les raisons de la liberté d’expression dans une société sous la démocratie. Un régulateur de la société, de la violence, de l’aigreur. Le peuple dans une grande majorité, l’élite en particulier, n’aime pas les gens du pouvoir même si eux aussi ne sont obsédés que par le désir de l’exercer. Cette frustration d’un bonheur perdu crée tant de frustrations que seule la liberté d’expression peut arriver à calmer les tensions de toutes sortes. De même le petit peuple, encore plus frustré, par sa pauvreté, croyant que les gens du pouvoir possèdent tout, sont remplis de joie et d’espoir s’ils arrivent à dire ce qu’ils croient la vérité. La presse par ses titres divers leur donne le bonheur de la journée. Quelle joie de voir que le grand pouvait être descendu en flammes tous les jours et surtout qu’on ne respecte plus personne dans cette Afrique vouée à jamais au modèle démocratique occidental. Cette liberté d’expression, cette information vraie ou fausse, réduit très fortement les conflits dans une société. Peu, très peu de violence. De même que de conflits sociaux qui trouvent une voie d’évacuation par l’expression libre. Du pain béni pour les dirigeants politiques et sociaux. L’une des causes du retard de l’Afrique n’est-elle pas liée à cette démocratie du père et du grand-frère ? Le petit doit se taire et respecter l’aîné. Rien ne pouvait se dire en public contre les dépositaires de la tradition, de la chefferie et encore moins du royaume. Avec le retour de la démocratie en Afrique, sous la poussée de François Mitterrand imitant Gorbatchev pour le bloc soviétique, l’Afrique est devenue un vaste chantier de critique. Cette liberté d’expression permet de grandes avancées économiques et sociales. Comme Senghor, à l’époque, tous les dirigeants africains ont compris que laisser dire tout et n’importe quoi ne pouvait pas du tout nuire à leur programme. Léonard de Vinci disait que tout obstacle renforce la détermination. En plus les critiques viennent de partout, créant une cacophonie incroyable. Dans ce bruit, il n’est pas possible d’entendre quelqu’un. Sauf quelques éditorialistes. Tout le monde parlant à la fois, aucune voix ne porte. Ceux qu’on croit attaquer ou vilipendé ne se sentent pas visés car n’entendant pas, méprisant ou se montrant indifférents. Et c’est Félix Houphouët-Boigny qui trouva à l’époque la formule pour ses pairs. « Ils salissent leur bouche». Le dirigeant politique a une autre mesure d’écoute du peuple faite avec plus de sérénité. Nous pouvons donc continuer de profiter de notre liberté d’expression devenue une exigence des grandes puissances et des bailleurs de fonds. Dire du mal contre quelqu’un ne lui fait pas de mal surtout que beaucoup d’autres disent du bien de lui. Ainsi va l’Afrique.
Par Isaïe Biton Koulibaly
A la semaine prochaine.