Dissolution du Gouvernement / Alafé Wakili, DG de l’Intelligent d’Abidjan : ‘‘Il y a des risques que tout se gâte’’

Dissolution du Gouvernement / Alafé Wakili, DG de l’Intelligent d’Abidjan : ‘‘Il y a des risques que tout se gâte’’

Après son périple aux Etats-Unis suite aux élections présidentielles  qui ont vu la réélection de Barack Obama, de retour de mission à La Haye et à Paris, le Directeur Général de L’Intelligent d’Abidjan, Alafé Wakili  s’est prononcé hier au micro de Christophe Boisbouvier de RFI, sur les récents événements dans son pays notamment sur la dissolution du Gouvernement Ahoussou. Entretien.

Ce n’est pas la première fois qu’une coalition politique se divise sur une question de société, ça arrive partout dans le monde, pourquoi le Président Ouattara en a-t-il tiré une conséquence aussi forte par la dissolution du Gouvernement?

Ce n’est pas aussi la première fois qu’il y a des velléités de la part du Pdci. C’est peut-être l’ensemble des attitudes du Pdci qui a conduit le Président à prendre cette position assez forte.

 

Jusqu’à ce mercredi, on avait un président RDR, Alassane Ouattara, et un premier ministre Pdci, Jeannot Kouadio-Ahoussou, c’était le fruit de l’accord politique Ouattara-Bédié conclu entre les deux tours de la présidentielle 2010, la dissolution de ce mercredi est-elle le signe que ça ne va plus entre le Pdci et le RDR ?

C’est le signe qu’il y a un risque. Mais, je ne pense pour l’instant ,qu’on peut dire que ça ne va plus. Il y a des risques que tout se gâte. La tentation existe de part et d’autres. Il y a des clans au RDR qui estiment que le Président Ouattara et le Rdr sont assez suffisamment forts aujourd’hui pour aller tout seul sans le Pdci. Et, il y a d’autres personnes au Pdci qui estiment qu’on ne peut pas continuer à jouer le rôle d’accompagnateurs derrière le RDR. Donc, il faut faire attention à ce que ces extrêmes ne prennent pas le contrôle des choses.

 

Il y a six mois, lors d’un Bureau politique du Pdci, Henri Konan Bédié a dû subir les critiques de plusieurs de ses camarades de parti sur cette alliance avec le RDR. Qu’est-ce qu’ils reprochent à cette alliance ?

Ils reprochent un certain nombre de choses. Les procédures, les nominations, la gestion de la sécurité, la conduite de la réconciliation, les problèmes fonciers…

 

Peut-être trop de RDR à la tête des sociétés d’Etat et pas assez de Pdci ?

Il n’y a pas que ça ! Mais, au-delà de ces reproches, les questions du principe au niveau du Président de la République et du RDR est que nous sommes dans une alliance. Si vous n’êtes pas contents, est-ce que vous ne pouvez pas venir nous voir ? Est-ce que vous ne pouvez pas aller le dire au président Bédié ? Il ne s’agit pas d’amener à la pensée unique, mais au RDR et au Pdci on estime que les règles de l’alliance exigent d’éviter certaines déclarations publiques.

 

Donc la dissolution du gouvernement de ce mois de Novembre est peut-être la consqéquence de ce Bureau politique du Pdci, d’il y a six mois?

Oui, un peu! Puis des déclarations qui ont suivi du professeur Djédjé Mady,  qui avaient amené le Premier ministre à un rappel à l’ordre.

 

Le professeur Djédjé Mady, Secrétaire général du Pdci, c’est justement l’un des députés frondeurs de ces derniers jours. Il visait la Primature, il ne l’a pas eue, il visait le perchoir, il ne l’a pas eu, est-ce qu’il n’y a pas de conflits internes au sein du Pdci?

C’est à tout ça que le Président veut peut-être mettre fin, il ne veut pas être comptable des conflits internes, donc il veut une autorité. Il veut que le Pdci parle d’une seule voix. Celle du président Bédié ou celle d’Ahoussou Jeannot.

 

Du point de vue du RDR, est-ce que cette dissolution n’est pas une manoeuvre d’intimidation pour mettre au pas le Pdci?

Le mot intimidation est peut-être un peu fort. Mais c’est une manoeuvre de clarification et de mise au point qui peut aboutir à une mise au pas et par rapport aux échéances à venir en 2015. C’est-à-dire, qu’on aura un Pdci assagi qui va soutenir loyalement le Président de la République dans le cadre d’une alliance.

 

Dimanche, est prévue une rencontre entre le Président Oattara et Bédié, en échange du maintien du Pdci à la Primature, est-ce que le RDR pourrait proposer à ce parti, une candidature unique à la présidentielle de 2015 qui serait celle du Président Ouattara?

Ça rejoint ce que je disais tout à l’heure. Si nous avons un Premier ministre Pdci qui reste en 2015,  je pense que le Président Ouattara et le RDR n’ont pas besoin de demander au Pdci-Rda de soutenir la candidature de Ouattara? Ce sera tellement logique que je ne vois pas pour quelle raison on dira qu’on veut un candidat et qu’on ne soutient plus le Président sortant qu’est le Président Alassane Ouattara.

Retranscrit par A. Dedi

 

Commentaire : Article 41 ou article 48 ?

 

Les supputations suivent leur cours après la dissolution mercredi du gouvernement Ahoussou. Mais c’est au plan purement juridique que les opinions s’affrontent. Le secrétaire général du RPP au cours d’une conférence publique et se prononçant sur le sujet disait : ‘’nous sommes en régime présidentiel et les ministres sont responsables devant le Président de la République. On ne peut donc pas faire d’analyse comme si c’était un fait extraordinaire. Le Président fait appel à des gens qu’il peut renvoyer à tout moment’’. Et la raison donnée par le secrétaire général de la présidence ? ‘’Le secrétaire général n’avait pas à expliquer quoi que ce soit car le Président est dans ses prérogatives’’, répond encore Ganin Bertin. Cette analyse pourrait paraître réductrice de la situation en présence. Mais, une relecture de la loi fondamentale en ses articles 41 et 48 pourrait situer le citoyen ordinaire pour comprendre la décision du Chef de l’Etat. « Le Président de la République est détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Il nomme le Premier ministre, chef du gouvernement qui est responsable devant lui.il met fin à ses fonctions. (…) sur proposition du Premier ministre, le Président de la République nomme les autres membres du gouvernement et détermine leurs attributions. Il met fin à leurs fonctions dans les mêmes conditions’’ (art. 41). A l’analyse, le Président de la République nomme le Premier ministre et peut à tout moment le démettre. Aucune condition ou situation n’est précisée ici. C’est dire que le Président a le droit d’user de ses pouvoirs sans avoir à s’expliquer. Le seul problème est d’ordre politique voir historique. Comment ménager les susceptibilités des alliés après une dissolution surprise du gouvernement. Cet acte et la cause qui l’a induit ont-ils un précédent dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire ? A cette question, l’on répondrait qu’il y a eu le 12 février 2012 une double dissolution du gouvernement et de la CEI. Pour sûr, les circonstances actuelles n’étaient pas les mêmes à cette date. Les gardiens du temple en ces temps-là, avaient justifié l’acte du Président de la République par l’article 48 de la Constitution. Citons cet article.   ‘’Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacées d’une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend des mesures exceptionnelles exigées par ces circonstances après consultation obligatoire du Président de l’Assemblée nationale et de celui du Conseil constitutionnel. Il en informe la nation par message. L’Assemblée nationale se réunit de plein droit’’. Au regard des événements tels qu’ils se déroulent sous nos yeux, peut-on évoquer une menace sur le fonctionnement des institutions ? Pas si sûr. Selon des commentateurs, en dépit de quelques soubresauts sécuritaires, l’Etat fonctionne normalement sur les 322.462 km². Le secrétaire général de la présidence a justifié l’acte du président de la République par les sons discordants entre alliés du Rhdp sur la loi relative au mariage.

SD

Affichage aleatoire

RELANCER
2759
2691
2910
2940 bis