PARIS -L'année 2004 a été l'année la plus meurtrière pour les journalistes
depuis dix ans, avec 53 tués, soit 13 de plus qu'en 2003, rapporte
l'organisation Reporters sans frontières (RSF) dans son bilan annuel publié
mercredi.
RSF dénombre pour l'an passé 53 journalistes tués -- chiffre record depuis
1995, contre 40 en 2003 --, 15 collaborateurs des médias tués (2 l'an passé), au
moins 907 interpellés (contre 766), 1.146 agressés ou menacés (1.460 en 2003) et
622 médias censurés (501 l'an dernier).
Au 1er janvier 2005, 107 journalistes -- notamment en Chine et à Cuba -- et
70 cyberdissidents sont emprisonnés.
L'Irak est, pour la deuxième année consécutive, le pays le plus dangereux du
monde pour les journalistes, avec 19 reporters et 12 collaborateurs des médias
tués en 2004. Loin derrière, les Philippines ont été particulièrement
meurtrières (6 journalistes), comme le Bangladesh (4) et le Mexique (3).
En dehors des zones de conflits, la plupart des journalistes assassinés
avaient dénoncé la corruption ou enquêté sur des groupes criminels, notamment
aux Philippines et au Bangladesh).
Le kidnapping représente "une menace grandissante", notamment en Irak avec au
moins douze reporters enlevés. Seul, parmi eux, l'Italien Enzo Baldoni a été
exécuté.
En revanche, après quatre mois de détention, les français Christian Chesnot
et Georges Malbrunot ont été libérés.
Par ailleurs, deux cameramen manquent toujours: le Français Fred Nérac, de la
chaîne britannique ITN, depuis mars 2003 et l'Irakien Isam Hadi Muhsin
Al-Shumary depuis août 2004.
En Côte d'Ivoire, le franco-canadien Guy-André Kieffer a disparu depuis avril
2004.
Au Moyen-Orient, la situation de la liberté de la presse "reste
particulièrement précaire", mais s'améliore en Israël et au Liban, estime RSF.
Au Maghreb, cette liberté n'est "toujours pas garantie", notamment en Algérie.
En Asie de l'Est, Corée du Nord, Vietnam et Laos sont les plus liberticides
avec la Chine (26 emprisonnés) et la Birmanie (12) qui restent les plus grandes
prisons du continent.
En Europe, la situation est "contrastée". Si les membres de l'Union
européenne, y compris les dix nouveaux entrants, se montrent "globalement
respectueux de la liberté de la presse, la situation est radicalement différente
dans certaines républiques de l'ex-URSS et en Asie centrale".
Enfin, la Turquie, candidate à l'Union européenne, a réalisé des "progrès
remarquables" législatifs mais sans "amélioration significative de la liberté de
la presse".
L'Amérique du Sud et centrale compte 12 journalistes tués en 2004 (contre 7
en 2003). Malgré quatre libérations, Cuba reste après la Chine la plus grande
prison du monde pour les journalistes (22 détenus).
Depuis la chute de Jean-Bertrand Aristide en janvier 2004, la situation s'est
améliorée en Haïti.
En Amérique du Nord, la liberté de la presse est "réelle", malgré plusieurs
entraves au secret des sources.
En Afrique, la presse indépendante est "en difficulté", notamment en Côte
d'Ivoire, en Erythrée, au Zimbabwe. Cependant, la liberté de la presse
s'améliore dans plusieurs pays: Afrique du Sud, Bénin, Botswana, Cap-Vert,
Ghana, Mali, Maurice ou Namibie.