2/4/2005

N°474:UNE: INTERVIEW :Constance Yaï, ancien ministre “La vérité sur mes rapports avec Gbagbo et Soro, le sort de Guéi…”

L'intelligent d'abidjan 7:13 am

Femme engagée. Femme de conviction. Assurément, l’ancienne ministre de la Famille sous la transition militaire du général Guéi , dérange. En dépit des quolibets et autres coups bas, Constance Yaï a choisi d’avancer. Au grand désarroi de ses détracteurs. Dans cette interview-vérité, la dynamique militante pour la défense des droits des femmes lève un coin de voile sur ses relations avec le président Gbagbo et le leader des Forces nouvelles, Guillaume Soro. Constance Yaï réaffirme, surtout, avec force arguments, sa détermination à briguer la présidence de la République. Une fonction qu’il convient, selon la candidate indépendante, de ” désexiser “. Entretien.

Un sommet s’ouvre ce dimanche 3 avril 2005 à Pretoria entre les principaux acteurs de la crise ivoirienne. Qu’en attendez-vous ?

Pour moi, la question est simple. Quatre décisions majeures pourraient permettre aux Ivoiriens de garder espoir. Gbagbo, Bédié, Ouattara et Soro doivent impérativement s’accorder sur la promulgation de l’article 35. Il faut que les Forces nouvelles s’engagent, avec un calendrier précis, sur le désarmement. Ces acteurs politiques doivent trouver un accord politique consensuel, pour laisser un peu de répit à Gbagbo, pour que tous aillent aux élections. Enfin, le cadre d’une collaboration Cei / Onu, en vue de l’organisation des prochaines élections générales, devrait être élaboré.

Vous êtes reconnue comme militante pour la défense des droits de la femme. Aujourd’hui, ce combat, Constance Yaï l’a-t-elle abandonné?

Non, il n’est pas question pour moi d’abandonner ce combat. Je dirai plutôt qu’il y a plusieurs formes de lutte, un niveau que j’ai dépassé aujourd’hui. Ceci dit je demeure profondément militante des droits de la femme, militante des droits de la personne. La question ne se pose donc pas. Mais, au-delà, je m’intéresse particulièrement à cet autre volet des droits de la femme qu’est la pauvreté féminine. En effet, j’accepte de moins en moins que les femmes vivent dans des situations précaires. Je réalise, hélas, que si rien n’est fait, cette situation ira en s’aggravant. D’ailleurs, depuis que je travaille de façon technique sur des projets de femmes, je découvre avec effroi que c’est tout un pan de la question des droits de la femme que nous avons malheureusement souvent occulté. Je voudrais donc pouvoir contribuer à l’éradication de la pauvreté féminine.

Que peuvent encore attendre de vous, vos sœurs ivoiriennes, en cette période de crise multiforme ?

Je préfère vous parler de ce que nous pouvons attendre les unes des autres. Aujourd’hui, la nécessité de la solidarité s’impose à nous. Une solidarité active, agissante, faite de partage, d’amitié et de respect. Parce que j’accepte de moins en moins le cloisonnement dans lequel s’installent certaines de mes compatriotes. Dans un pays en crise comme le nôtre, on ne peut pas se permettre d’avoir d’un côté quelques femmes aisées, s’estimant à l’abri de tout besoin économique, et, d’un autre bon nombre de femmes qui sont dans une situation d’absolue nécessité. Il nous faut nécessairement nous inscrire dans une logique de solidarité, où celles qui en ont beaucoup ou un peu, partagent avec celles qui n’en ont pas. Où celles qui sont au pouvoir comprennent qu’elles devraient être des modèles pour les autres. En suscitant la création de projets intégrant les femmes à tous les niveaux. Je voudrais qu’on sorte des discours classiques. Il est vrai que pendant longtemps nous nous sommes battues pour que notre discours soit entendu. Mais, je crois aujourd’hui que les pouvoirs publics nous voient. Ils savent que nous existons. Ils savent désormais qu’en dehors d’être leurs mères, leurs épouses, leurs maîtresses, leurs collaboratrices, les femmes veulent autre chose. Elles veulent être des personnes qui comptent, qui existent en tant que citoyennes.

Qu’entendez-vous, aujourd’hui, par promotion des femmes?

Je parle de la nécessité pour les pouvoirs publics d’aller au-delà des vœux et des intentions. Depuis la première conférence des Nations Unies sur les femmes en 1975, des mécanismes nationaux de promotion des femmes ont été mis en place : ministère de la Condition Féminine, de la Promotion de la Femme, de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, des Affaires Sociales et de la promotion des femmes. Quelques femmes ont été appelées au gouvernement. Jamais elles n’ont été appelées à diriger les plus grandes institutions étatiques, en dehors des Ong qu’elles ont créées. Leur situation est demeurée dramatiquement la même. Savez-vous que les femmes transportent sur leur tête et sur leur dos plus que l’ensemble du transport routier ? Et cela n’est jamais comptabilisé dans les perspectives macro économiques ! Il est grand temps que nos Etats s’engagent courageusement dans une politique volontariste, courageuse et conséquente de valorisation du statut et du rôle de la femme dans nos sociétés. Nous devons, ensemble, remettre en cause au quotidien les schémas dévalorisants, véhiculés par une idéologie d’un autre âge. Les traditions sont ce qu’elles sont faites : pour être dépassées. Reconnaissons que nos sociétés ont pris du retard parce qu’elles ont marginalisé les femmes qui doivent être réhabilitées au plus tôt. Nous devons envisager une politique durable de création d’emplois.

A votre avis, quelle est la responsabilité des femmes dans la crise qui déchire la Côte d’Ivoire, depuis le 19 septembre 2002 ?

A ce niveau, j’ai envie de vous dire qu’en Côte d’Ivoire, il y a femmes et femmes. Durant cette crise finissante, on a vu des femmes qui ont eu le discours haut ! Mais, malheureusement, il s’est agi d’un discours tourné vers la violence et l’exacerbation de la crise. Les femmes qu’on entendait à longueur de journée, sur les antennes des médias d’Etat, n’ont pas été des faiseuses de paix. Les femmes ivoiriennes, militantes de la paix, n’ont pas été suffisamment entendues. Cela est peut-être dû au fait que l’ambiance n’était pas à l’apaisement. Mais, j’avoue que j’ai été quelque peu déçue de la volonté de certaines femmes à vouloir la poursuite des hostilités. Comme si elles ignoraient que 80% des victimes et déplacés de guerre sont des femmes et des enfants. Malheureusement, lorsque des voix se sont fait entendre pour atténuer les contradictions et proposer d’autres alternatives, on a très vite fait de les faire taire par la pression ou par la répression.

Au début de cette guerre, vous avez été taxée de rebelle. Que répondez-vous ?

Il ne faut pas donner de l’importance à des questions qui n’ont pas de fondements. Personne n’a pu argumenter ces allégations mensongères. Je mets cela sur le compte des médisances. La question est réglée à mon niveau .Toutefois, j’en suis à me demander d’où est partie cette rumeur, et pourquoi les gens ont eu le besoin de l’amplifier. Certains ont dit qu’à Lomé, j’aurais tenu des propos élogieux vis-à-vis de Guillaume Soro. Mais, je ne crois pas avoir été la seule à l’apprécier. D’autres y ont trouvé un fonds de commerce. C’était bon pour eux de diaboliser Constance Yaï, espérant que c’en serait fini de moi ; Et il y en a d’autres qui, à cause des positions que j’ai exprimées antérieurement à la crise ivoirienne, se sont dit : ” Puisque son discours ressemble étrangement à celui de la rébellion des Forces nouvelles, cela veut dire qu’il y a des accointances entre eux “. Que voulez-vous que je réponde à des gens qui ne sont libres ni dans leurs pensées, ni libres dans leurs actes ? J’ai tellement mûri au cours de cette crise, que je n’en suis plus à une émotion près ! Le fait est là : des gens ne souhaitent pas la fin de la crise, parce qu’ils profitent de l’économie de guerre ! Tout ce que je sais, c’est que ce sont des procédés construits exprès, pour divertir tous ceux de nos compatriotes qui ont cru à ces fadaises !

Quels sont exactement vos rapports avec les Forces nouvelles ?

Depuis les négociations de Lomé, je ne les ai plus revues ! Si je devais être identifiée à un groupe politique, ce devrait être le Fpi dont je fréquente régulièrement les cadres, et dans une moindre mesure le Rdr et l’Udpci. Mais, qu’on me parle des Force nouvelles, cela me paraît aberrant !

En tant qu’Africaine, Ivoirienne et femme, comment vivez-vous les deux ans et demi de guerre qui déchire la Côte d’Ivoire ?

En tant qu’Africaine, je suis triste de voir que, malgré les rapports de bon voisinage que la Côte d’Ivoire entretient avec les pays amis et frères, elle n’ait pas été très soutenue par certains dirigeants de ces pays. Je suis triste également de savoir que la Côte d’Ivoire, étant membre de plusieurs structures sous-régionales, n’a pas bénéficié de leur soutien actif vis-à-vis de la crise. Il est inconcevable de savoir que la Cedeao, l’Uemoa, se sont impliquées dans la résolution de la crise ivoirienne à travers des lunettes bien particulières. De ce point de vue-là, la solidarité africaine n’a pas joué. Je le comprends très mal.

En tant que femme, j’ai une fois de plus la confirmation de l’incapacité des hommes politiques à mettre, au-devant de tout, l’intérêt général. Ce sont eux qui nous ont conduits à cette guerre. Il est temps que les femmes se démarquent de ces discours passionnés, de violence, de haine, pour ramener notre pays à la raison. Si mon discours est entendu, je souhaiterais qu’un sentiment anti-guerre, porté par les femmes, traverse notre pays. Nous devons aller aux élections de façon démocratique et sans exclusive. Nous devons aller au désarmement. Nous devons aller à la réunification du pays. Ce qui s’est passé en septembre 2002 a été un accident dramatique de parcours, nous devons être capables de transcender cela, d’intégrer l’amnistie qui a vu le jour après les accords de Marcoussis et avancer vers la réconciliation. Mais, si les politiques de ce pays ne sont pas prêts à aller à la paix, que la communauté internationale et l’opinion publique nationale prennent leurs responsabilités et les déclarent incapables pour être les porte-parole de nos communautés respectives.

Est-ce donc cette incapacité des hommes à faire la paix qui motive votre candidature à la prochaine présidentielle?

J’ai une vision du monde que je voudrais partager et mettre en pratique avec mes concitoyens. Lorsque j’écoute les discours des hommes politiques, quand j’examine ce qu’ils proposent aux Ivoiriens, il me semble qu’une grande partie des préoccupations de nos compatriotes n’est pas prise en compte. Personne de ceux qui sont en première ligne ne s’intéresse aux aspirations légitimes du peuple de Côte d’Ivoire : la paix, la démocratie, le droit à la vie, à la liberté d’expression, le droit au travail, tout simplement le droit à la vie et au progrès.

Pensez-vous qu’en l’état actuel des choses, il est raisonnable de parler d’élections, alors que le processus de paix est dans l’impasse ?

Faut-il bénir le président Thabo Mbeki ? Assurément ! La classe politique ivoirienne, refusant la fin de la crise, a préféré bloquer le processus de paix ! Le peuple de Côte d’Ivoire, les femmes et les hommes de bonne volonté veulent la paix. Je parle de ceux-là qui ne profitent pas de l’économie de guerre ou qui la refusent, qui aiment leurs pays ; je parle de ceux qui n’admettent pas que, sous prétexte d’être en crise, les biens de l’Etat soient dilapidés. J’ai foi en la Côte d’Ivoire et aux Ivoiriens, et nous serons de plus en plus nombreux à nous faire entendre sur cette question. Depuis 2001, je disais que notre Constitution avait en son sein des aspects confligènes. Le constat est clair. La Constitution pose problème. Le temps d’un référendum me paraît hypothéqué, s’il doit déboucher sur des élections. Il faut plutôt poser l’acte politique attendu par tous les amoureux de la paix : le désarmement. Je ne comprendrais pas que la rébellion des Forces nouvelles s’oppose à désarmer, une fois que les élections seront ouvertes à tous les candidats.

Vous semblez partager l’idée de viol positif de la constitution ivoirienne…

Je suis contre le viol par principe. Mais, aujourd’hui, que reste-t-il de la Côte d’Ivoire ? Que se passe-t-il dans l’Ouest, dans le Nord ou au Centre ? Le mot viol n’est pas le mot juste. C’est ridicule. Non, nous ne devons pas violer la constitution. Les partisans de Marcoussis, ceux qui ont dansé ou plané après Marcoussis, tous se sont trompés sur une chose : l’application intégrale des accords de Marcoussis s’est avérée pratiquement impossible. Parce que ces accords contiennent en leur sein toute une série de contradictions qui n’ont pas été levées. Dans la précipitation, on est venu à Abidjan, on a maintenu au pouvoir le président de la République, en lui enlevant quelques prérogatives, sans toucher à la constitution. Alors que c’est la constitution qui lui donne ces prérogatives. Nous sommes partis sur de mauvaises bases. Parce que ceux qui sont allés aux accords n’y sont pas allés dans le but de trouver une solution à la crise. Ils y sont allés pour certains dans le but de garder le pouvoir et pour d’autres, dans le but d’arracher le pouvoir politique du moment.

Quelles sont vos propositions pour une sortie de crise ?

Avant de parler de sortie de crise, il faut d’abord se souvenir de la cause de cette crise-là. Des contestations contre le régime Gbagbo ont été exprimées par l’opposition civile, avant qu’il n’y ait la rébellion. Ces constatations n’ont pas été prises en compte. Lorsque vous critiquez le pouvoir, on vous suspecte d’être payé pour le déstabiliser. Alors que ce n’est sûrement pas le président Gbagbo qui me contredira : lorsqu’on n’est pas d’accord, on le dit. Maintenant que les armes se sont invitées dans le débat politique ivoirien, il faut faire la part des choses, pour savoir ce qu’un camp peut concéder à l’autre. Aujourd’hui, les Ivoiriens veulent une seule chose, que la guerre finisse et que la vraie paix s’installe en Côte d’Ivoire. Alors, pour que cette paix revienne, il faut des élections. Mais avant d’y arriver, il faut rassurer les différents acteurs et partenaires du débat politique national, pour éviter les contestations et suspicions. C’est pour cela que je pense que nous devons aller à des élections ouvertes ; ainsi que la rébellion des Forces nouvelles doit accepter de déposer les armes. Parce qu’une chose est de déclarer la guerre au régime de Gbagbo, mais une autre est de déclarer la guerre à la Côte d’Ivoire.

Sous quelle bannière allez-vous compétir à la prochaine présidentielle ?

Quand vous lisez la Constitution de la Côte d’Ivoire, il n’est pas dit que pour être candidat à la présidentielle, il faille être forcément investi par un parti politique. Je serai la candidate de tous ceux, de toutes celles, qui sont fatigués des alliances électoralistes qui ont conduit la Côte d’Ivoire à la guerre. Vu les échanges que j’ai avec bon nombre de mes concitoyens, je pense qu’il est temps qu’une candidature indépendante vienne et dise à ces hommes politiques qui vivent de la souffrance du peuple que trop, c’est trop.

Quelles sont vos chances face aux ténors de la politique ivoirienne ?

Les hommes politiques vont aux élections pour gagner, vaille que vaille. Quand ils ne gagnent pas, c’est la paralysie du pays, c’est la crise. Moi, j’y vais pour compétir, pour présenter un programme, pour débattre avec des adversaires politiques, pas avec des ennemis. Je vais aux élections pour proposer des solutions aux souffrances de nos populations, démocratiser le poste de président de la République, parce qu’il n’appartient pas à une classe sociale donnée, à un sexe particulier, à une ethnie unique, à une religion précise ou à une génération d’âge.

Vous entendez donc marquer la rupture…

C’est exactement ce que je suis en train de dire. On ne peut plus continuer de parler aux Ivoiriens comme on leur parlait dans les années soixante. Les Ivoiriens doivent savoir que leur vote est très important et n’est pas à échanger contre de l’argent. Il faut rompre avec l’idée selon laquelle l’on vote le leader du parti politique, parce qu’il est de la même ethnie que soi. Je le dis par rapport aux échanges que j’ai eus avec des gens plus jeunes que moi, en âge de voter. Je me rends compte qu’ils sont bien différents de ce que nous étions lorsque nous avions leur âge. Et c’est cela la difficulté, aujourd’hui, des dirigeants français. Ils n’ont pas vu le changement qui s’est opéré dans notre pays. Ils n’ont pas compris que la Côte d’Ivoire de 2005, ce n’est plus la Côte d’Ivoire des années soixante, et que depuis l’indépendance nous en sommes à notre 4e chef d’Etat. Je comprends que la France en tant qu’ancienne puissance coloniale soit à l’étroit dans ce pays et suspectée de partialité.

Vous êtes annoncée à l’Udpci…

Je ne peux pas être annoncée au Mpci, au Rdr et à l’Udpci en même temps. C’est parce que, malheureusement, pour beaucoup d’entre vous, vous n’êtes pas habitués à rencontrer dans le contexte actuel, des personnalités indépendantes. Mais, figurez-vous, ça existe. J’en suis une. Il n’est pas encore temps pour moi d’intégrer un parti politique. Je ne l’exclus pas, mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Sans faux -fuyant, quels sont vos rapports avec Laurent Gbagbo, qui vous appellerait plusieurs fois par jour ?

On dit que le président Gbagbo m’appelle plusieurs fois par jour ? J’aimerais bien cela. S’il m’appelle, vous pouvez être sûrs d’une chose : je répondrai. Parce que j’ai beaucoup de choses à lui dire. Je n’ai pas encore parlé au président, depuis le début de la crise ivoirienne.

Si vous le rencontriez que lui diriez-vous ?

Ce que je dirais à Gbagbo, c’est qu’il est le principal responsable de ce qui arrive à la Côte d’Ivoire. Le retour à la paix relève d’abord de lui, en tant que chef, il se doit de proposer aux Ivoiriens les moyens de sortir de cette impasse. Il doit se méfier de tous les discours extrémistes et exclusionnistes des va-t-en guerre qui l’induisent en erreur, pour après s’accommoder de son éventuel successeur. Lorsque les sanctions onusiennes vont commencer à s’appliquer, tous ceux qui le poussent au refus du dialogue constructif avec son opposition seront loin. Je l’interrogerai sur son idéal de gauche. Qu’a-t-il fait de nombreux jeunes, femmes, militants (es) des droits de la personne, des amoureux de la démocratie qui ne juraient que par lui, voulant partager avec lui, avec notre peuple, les valeurs de solidarité, d’humanisme, de partage, de redistribution équitable des richesses nationales? Je lui demanderais de demander pardon au peuple de Côte d’Ivoire, afin qu’ensemble, les enfants de ce pays puissent aller vers un nouveau consensus. Je lui demanderais de s’engager personnellement devant Dieu ( Dieu est amour), le peuple de Côte d’Ivoire, la communauté internationale que les prochaines élections soient organisées pour le seul bien de notre peuple. Je demanderais au président Gbagbo d’accepter que ses adversaires politiques réintègrent le jeu politique, qu’ils reviennent de leur exil, qu’il ait un discours d’apaisement vis-à-vis de tous ces Ivoiriens qui se sont sentis en danger dans leur pays à un moment donné, et qui peuplent les villes de Bamako, Ouaga, Lomé, Dakar, Paris, New York. Beaucoup d’Ivoiriens sont en exil. Je me souviens que lorsque le président Gbagbo était dans l’opposition, il disait à tous ceux avec lesquels il échangeait que si un jour, il arrive au pouvoir, il n’y aura plus d’Ivoiriens en exil. Malheureusement, ce qu’il avait dit avant de prendre le pouvoir ne s’est toujours pas réalisé.

Vous êtes restée fidèle au général Guéi. Comment vivez-vous la crise qui déchire son parti, l’Udpci ?

La crise qui déchire l’Udpci me déchire moi-même. Je me sens malheureuse de voir la manière dont les héritiers du général Guéi s’affrontent. Je leur reproche de rendre publiques leurs divergences. C’est la première critique que je fais. Les divergences sont inhérentes à tous ceux qui vivent ensemble. Même des frères et des sœurs se disputent. Mais, l’Udpci donne l’impression d’être le seul parti en Côte d’Ivoire où il y a des dissonances. Elles ont pris de l’ampleur à cause de l’enjeu que représente le congrès, qui doit déboucher sur le contrôle du parti. Mais, je voudrais que les militants et les dirigeants de l’Udpci aillent à ce congrès, sans passion. Parce que le général Guéi était un homme de tolérance.

Quels sont, à ce jour, vos rapports avec vos patrons du défunt Cnsp?

Quand je suis à Paris, je passe voir le général Palenfo. Il m’arrive d’envoyer de temps en temps des messages au général Coulibaly. Quant au général Doué, lorsqu’il était encore joignable, je lui parlais souvent.

Bientôt trois ans que le général Guéi a été assassiné et ses funérailles n’ont pas encore été organisées. Quels sentiments?

Tristesse et émotion. Parce que je ne comprends pas ce qui se passe. Malheureusement, je n’appartiens à aucune structure officielle qui pourrait me donner le droit d’interroger qui de droit. Alors, j’attends. Quand ceux qui peuvent organiser une quelconque action en son nom décideront, notamment le président Gbagbo, le parti ou la famille, alors nous serons informés. Sinon, je ne sais pas d’où vient le blocage, pourquoi le général Guéi ne peut pas avoir droit à des funérailles dignes d’un homme de son rang. N’oublions pas que dans ce pays le général Guéi est un symbole. Aujourd’hui, tout le monde se bat sur la constitution. Mais peu de personnes se souviennent qu’il en est le père. Nous devons nous méfier de ceux qui brûlent les symboles. Quelles que soient les raisons invoquées, par respect pour ce qu’il a été, tout le monde gagnerait à s’activer pour que le général Guéi soit dignement enterré.

Vous qui avez travaillé avec le Premier ministre, Seydou Diarra dans le gouvernement de transition, quelle idée gardez-vous de lui ?

Le Premier ministre Seydou Diarra est une des personnalités les plus constantes que je connaisse. Ses anciennes fonctions de diplomate ont fortement influencé sa personnalité. Le souvenir que je garde de lui, lorsqu’il était le Premier ministre de la transition militaro civile, est son sens élevé de l’efficacité. Quand des querelles politiques naissaient en conseils des ministres, il revenait toujours à ce qui était essentiel, à ses yeux : ” Et si on avançait sur telle question “. Il faut le dire, Seydou Diarra est un amoureux de la Côte d’Ivoire. Et ça, beaucoup ne le savent pas. Parce qu’il ne le dit pas. Il est très discret. Lorsque le Premier ministre parle, heureusement qu’il parle peu, il est applaudi par un camp et vilipendé par l’autre. Cela montre bien que ce gouvernement, contrairement à son nom, n’est pas un gouvernement de réconciliation nationale, mais plutôt un gouvernement de règlement de comptes. Et cela vient de Marcoussis. Où on n’a pas discuté de façon posée, la mise sur pied d’un gouvernement. C’est un gouvernement qui a été imposé dès les accords signés, aussi bien au chef de l’Etat, au Premier ministre qu’au peuple de Côte d’Ivoire. Je ne suis donc pas surprise de la cacophonie qui en émane.

Propos recueillis par
Vicky Delore et Barthélemy Téhin

6 Comments »

  1. la preuve est là que les français ont fait Marcoussis comme “nan placali domou”. merci de nous aider à comprendre la vérité

    Comment par Anonymous — 2/4/2005 @ 5:54 pm

  2. VRAIMENT TON DISCOURS A CHANGE EN 3 ANS. QUI T’A TIRE LES OREILLES? JE CROIS QU’APRES CETTE GUERRE, LES GENS VONT COMMENCER A SE RESPECTER DANS CE PAYS.

    Comment par MM — 2/4/2005 @ 7:24 pm

  3. je sui surpri que un probleme aussi grave consernent lidentite de gbagbo revele par sa propre Mere qui montre que le Pere biologique de gbagbo est malien,et ll’homme pour qui nous mourons pour lui acaus de livoirite nes meme pas un vrai (E)que le debat soi fait sur la quetion,

    Comment par kakouma pierre — 3/4/2005 @ 1:23 am

  4. Attention voila 1rebelle a l’ombre qui se fait passer pour 1patriote decu. C’est la mere de GbaGbo qui t’a dit que le pere de Gbagbo etait malien comme toi ? Parcequ’on sent que tu es malien quand on prend le temps de lire ton texte. Parceque tu dois parler comme tu ecris. Arretes ca petit, ce n’est pas 1jeux d’enfant et va jouer ailleur si non a la gare d’Adjane. C’est la bas qu’on peut t’ecouter….......bonsoir

    Comment par froto mougou — 3/4/2005 @ 9:25 am

  5. Constance Yai doit arreter de faire ce qu’elle est entrain de faire la. Il ne faut pas qu’elle pense que les ivoiriens sont les memes de l’avant 2000. Nous savons tous qui elle est. Il y a encore des gens qui sont nees avant la honte mais ils vont courir pour aller naitre apres la honte. Abidjan maintenent on sait qui est qui. Bonne chance a ta presidence parceque je crois que tu seras presidente dans ta maison parmis tes enfants

    Comment par froto mougou — 3/4/2005 @ 9:39 am

  6. Constance Yai,constance Yai mille fois Constance Yai,la seule chose sensee dans ton discours c’est avoir reconnu enfin que la jeunesse aujourd’hui n’a rien a avoir avec votre generation. L’argent est peu important avec nous.Cependant,les produits de la terre d’Eburnie iront en premier aux enfants de CI comme cela se fait partout dans le monde. Si les Francais chiraquiens pensent qu’ils peuvent coogerer notre pays comme ils l’ont fait en votre temps ils se trompent; et nous sommes prets a mourir pour cela. Aujourd’hui nous voulons etre libre de cooperer avec les Yankees,les Chinois ,les canadiens et tout le monde en toute liberte.

    Comment par patriote jusqu\\\’aux os — 3/4/2005 @ 6:07 pm

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