N°474:Les samedis de Biton Par Isaïe Biton Koulibaly : Karol !
Hamadou Hampaté BÂ qu’on appelait familièrement le Pape de la Tradition africaine aimait souvent me dire : ” j’ai déjà quitté le village “. Il avait alors atteint un âge où la rencontre ave les ancêtres n’étaient plus qu’une question de mois ou d’années dépendant de Dieu, le Tout Puissant. Pour le maître de la tradition orale chacun a son destin. On vient sur la terre joué son rôle et repartir. L’essentiel c’est la foi en Dieu. Le destin de l’homme est une grande interrogation. Les artistes, les écrivains, les penseurs, le commun des mortels tout le monde parle du destin. Chacun sait que le destin est tracé d’avance et qu’on n’y peut rien. Les mystiques disent la même chose. D’autres personnes pensent qu’on peut et qu’on doit changer son destin. Le débat dure depuis la création du monde. Une autre personne que j’admire beaucoup a marqué son destin. Tout comme Hampaté il doit se dire qu’il a déjà quitté le village après avoir bien rempli sa vie. Cet homme c’est le Pape de l’Eglise Catholique. Tout commence pour lui au mois de Mai 1920 en Pologne non loin de Cracovie. Etait-il possible de deviner son destin ce jour-là ? Sa mère va mourir assez rapidement. Le jeune vivra avec son père qui ne va pas se remarier. L’enfant a déjà une grande foi, une grande dévotion à la vierge Marie. Est-ce le fait de voir sa mère partir tôt de ce monde qui va changer l’orientation de l’enfant. Devant un tel drame deux possibilités s’offrent. La première. Dieu est injuste et on ne croit plus en rien. La seconde. Dieu est le maître de nos destins. Confions nous en lui. Karol décide de s’inscrire au séminaire. Il va devenir prêtre. Depuis un siècle, le peuple slave, dont fait partie la Pologne attend un Pape. Tout le peuple slave en parle. Les poèmes, les chansons, ls prières parlent d’un peuple slave. Au séminaire Karol Wojtyla se lie d’amitié avec un autre adolescent. Il s’appelle Mieczyslaw Malinski. Ils seront prêtre ensemble. Mais Karol deviendra Evêque et Cardinal. Malinski restera toujours prêtre et son ami d’adolescence sera son ” patron “. Malinski reste toujours proche de son ami. Il voue un véritable culte à cet homme de prière qui aime beaucoup lire , écrire et voyager. Karol est déjà connu des milieux intellectuels polonais par ses livres. Il a beaucoup publié des recueils de poèmes et des ouvrages de théologie et de philosophie. Malinski n’a qu’une seule obsession en regardant son ami et cela depuis l’adolescence. Pour lui, le Pape dont parle les slaves ne peut-être que Karol. Il le suit de très près. Karol ne peut-être que Pape. Là aussi le problème se pose. D’autres ont-ils des dons pour lire le destin des autres ? En quatrième, mon professeur de français Madame Perrin disait que le seul de la promotion qui va faire parler de lui et dans dix ans exactement c’est Isaïe Koulibaly. Je n’avais pas encore pris le pseudonyme de Biton. Elle disait qu’elle ne savait pas dans quel domaine je ferais parler de moi. Tout le monde pensait à la politique. Moi aussi. Dix ans exactement RFI me fait connaître avec la sortie de mon premier livre. Malinski ne pouvait pas prévoir de date. A Rome, le Pape Paul 6 dirigeait l’église. Mais un jour de 1978, le Vatican envoie un message au diocèse de Cracovie dont Karol Wojtyla est le Cardinale. Le message d’une grande tristesse ne trouve pas le destinataire sur place. Comme à son habitude il est en tournée dans son diocèse et fait du sport quelque part. Malinski réussi à joindre l’archevêque et lui annonce le décès de Paul 6. Le cardinale doit partir immédiatement pour les obsèques et surtout le conclave qui va choisir un nouveau Pape. Au conclave chaque cardinal vient avec un secrétaire, un prêtre, qui n’est pas admis au conclave mais qui reste non loin pour assurer l’intendance de son Eminence Cardinal. Karol demande à Malinski de l’accompagner. Avant de se rendre au conclave une messe est célébrée à la basilique polonaise de Rome. Dans les intentions Malinski demande à Dieu de faire de Karol Wojtyla le Pape. A la fin de la messe le Cardinal n’est pas content. On ne fait pas ce genre de demande à Dieu. Les deux amis se rendent au conclave pour le choix du nouveau Pape. Quelques jours plus tard, la fumée blanche annonce l’élection du nouveau pape. Il s’appelle Albino Luciani. Il est italien. Malinski est furieux. Les italiens pour lui sont ségrégationiste. Les deux amis retournent dans leur diocèse de Cracovie. Après 33 jours un autre appel à Cracovie. Le Pape est mort. Malinski refuse de se rendre au conclave. Pour lui les italiens vont choisir un autre italien. Mais les deux amis sont ans le même avion. Karol vient d’autoriser Malinski de se rendre en Allemagne pour préparer un doctorat. Quelques jours plus tard Malinski se souvient que se tient à Rome un conclave. Il veut se rendre à la salle de télévision de son séminaire pour savoir si l’église à un nouveau Pape. Une religieuse accourt vers lui. ” Mon père on vient d’ élire un Pape polonais qui s’appelle Vysinski. Ce dernier est connu dans le monde comme le Patron de l’église polonaise. Malinski doute. Si un polonais est Pape ça ne peut être que Karol Wojtyla dit-il à la religieuse qui réplique en disant que c’est sans doute Karol qu’elle a entendu. Les premières images du journal télévisé montre Karol Pape. Malinski ne croit pas. Son ami Pape. Il le pense depuis l’adolescence. Maintenant que c’est fait, il ne croit plusI Il appelle plus de 1000 numéros de téléphone à Cracovie. Personne au bout du fil. Dès la nouvelle tout le monde est dans les rues pleurant d’émotion et se roulant sur le goudron. Aucune personne n’est restée dans la maison même pas un bébé. Ainsi va le destin d’un homme.
A samedi prochain.
Commentaires »
Pas encore de commentaire




