N°485:Editorial ,par Asse Alafé : De Pretoria à Abidjan
De Pretoria à Abidjan :en attendant de vraies élections en 2010,le combat contre la candidature d’Ado est fini !
Au moment ou le chef de l’état s’apprête à entrer en consultation à la manière d’Houphouët avec les forces vives de la nation suite à la lettre de Thabo Mbeki on ne peut manquer de chercher à savoir, entre mille hypothèses ,si Henri Konan Bédié et Allassane Dramane Ouattara ne serviront pas de candidats alibi à Laurent Gbagbo pour le légitimer à l’issue de la présidentielle prochaine.
Ainsi donc Laurent Gbagbo pourrait accorder à Thabo Mbeki ce qu’il a refusé à Wade, Eyadema, Obassandjo,Kuoffor et à bien d’autres acteurs et médiateurs dont Chirac et ses nombreux conseillers.
Pourtant tous avaient, en coulisses il est vrai, pendant longtemps assuré au chef de l’état qu’en échange d’une candidature de Ouattara, ils fermeraient les yeux sur l’organisation des élections pour lui garantir un second mandat.
Laurent Gbagbo a toujours refusé ce deal trouvant bizarre qu’après s’être donné tant de mal Ado devienne un candidat pour rien, un candidat alibi.
« Si c’est pour perdre mais pourquoi tient-il à être candidat »,s’était interrogé Laurent Gbagbo face à un émissaire de Bongo qui plaidait encore pour une éligibilité du mentor du RDR.On ne peut croire que c’est la crainte du vide constitutionnel ,la peur des sanctions onusiennes et la menace d’une cessation de paiement de l’Etat qui aient eu raison de la ténacité de Laurent Gbagbo.
Certes, le médiateur sud-africain n’a pas remis sur la table le fameux deal(candidature d’Ado et toutes les réformes de Marcoussis sans entraves contre la réélection de Gbagbo) dont nous avions parlé au lendemain d’une mission de Bonnecorse à Abidjan et même de la visite de Laurent Gbagbo en France ;cependant certains facteurs portent à croire en cela.
Par exemple malgré la candidature annoncée d’ADO,Laurent Gbagbo ne songe qu’à un second mandat.
D’abord il compte capitaliser la peur, le rejet et les frustrations accumulées durant onze années d’ivoirité et de Tout Sauf Ouattara.
Il compte ensuite sur la maîtrise du fichier électoral et sur la bonne connaissance de l’environnement ;
lui qui est sur le terrain depuis longtemps alors que ses adversaires doivent d’abord renter au pays sans crainte et rattraper le temps perdu.
Laurent Gbagbo table aussi sur le refus partagé par certaines officines d’un retour aux affaires de Bédié, sur la politique de division au sein des partis politiques traditionnels, et sur la génération couper-décaler dont nous parlions dans une de nos éditions.
Une génération de tenagers ,de jeunes 18 à 22 ans qui n’écoutent pas les consignes de vote des parents et qui suivra le politicien le plus faroteur sachant les faire rêver, et demeurant proche d’eux.Cette génération de la ville et non des villages n’a pas connu Houphouêt,ni Bédié et pas vraiment Ouattara.
Leur candidat sera celuiqui va à Youpougon,à Abobo,à Adjamé sans état d’âme, celui qui mange garba,alloco et la banane braisée !
Mais la vraie arme électorale de Laurent Gbagbo, c’est la menace discrète et ouverte de ses partisans, milices ou patriotes de se rebeller et d’aller en guerre au cas ou il perdrait le pouvoir.
Si tout porte à croire que la rue va être maîtrisée maintenant, c’est surtout pour garder sa force pour d’autres combats, les combats à venir.
Le combat n’est plus que Ouattara ne soit pas candidat, et il le sera sans doute ; mais le combat consiste désormais à tout faire pour qu’il ne soit pas vainqueur ; ni lui, ni Bédié.
L’enjeu est d’éviter par tous les moyens que Gbagbo perde le pouvoir.
La candidature d’Ado en retour n’est pas cher payée.
Si pendant une dizaine d’années elle a fermé les yeux sur les risques de guerre civile liée au sentiment d’exclusion des populations du Nord et d’origine étrangère, malgré la sornette d’alarme d’un tract comme la charte du Nord, la communauté internationale peut-elle à nouveau prendre le risque d’ignorer le nouvel irrédentisme des partisans de Laurent Gbagbo et la menace de guerre civile qu’ils font planer dans le cas d’une défaite de leur leader à la prochaine présidentielle.
L’ancien agitateur des foules devenu président dans des conditions calamiteuses a déjà menacé de ne pas laisser gouverner ceux qui l’auront empêché de refonder en paix et en silence.
En matière de populisme ,d’agitation et de propagande il a plus d’un tour dans son sac.
Ses adversaires qui disent que le chef d’état Laurent Gbagbo parle et se comporte comme s’il était toujours et encore opposant ne doivent pas oublier cela.
Entre une Côte d’Ivoire incertaine et toujours sous la menace d’une convulsion après une éventuelle victoire du G7(Bédié ou Ado)d’une part et d’autre part une Côte d’Ivoire en attente d’une vraie alternance en 2010,après une autre transition de 5 ans pour Laurent Gbagbo ,la France et la communauté internationale n’ont-elles pas déjà fait un choix ?C’est en ce sens que l’on peut penser que Bédié et Ouattara à leur corps défendant serviront à légitimer Laurent Gbagbo en 2005.Après avoir fait plier l’échine à Gbagbo, la communauté internationale à qui Bédié et Ouattara ont confié leur destin n’aura aucun mal à dicter ses souhaits au G7.
En vérité si Bédié et Ado accèdent au pouvoir dans 6 mois, outre les risques de contre rébellion, les candidats des groupes ethniques minoritaires en Côte d’Ivoire n’auront plus de perspective dans le cadre de compétitions démocratiques et ouvertes.
En dehors des candidats Akan ou soutenus par le nord, il sera difficile à un originaire de groupes ethniques minoritaires d’accéder, avant longtemps au pouvoir comme ce fut le cas de Gbagbo qui aime dire à juste titre qu’il est d’une ethnie minoritaire et est issu d’une famille pauvre.
Ce type de situation n’a cependant pas pu resserrer le tissu social et l’unité national
De nouvelles formes d’exclusion vont succéder aux anciennes exclusions.
La communauté internationale ne peut ignorer cet état de fait.
Un regret cependant devant le long et patient gâchis réalisé par tous, depuis la disparition de Félix Houphouët-Boigny.
Si Laurent Gbagbo avait perçu et réglé les problèmes d’identité et d’intégration des communautés ivoiriennes d’origines étrangères avant ou même pendant la guerre, il aurait arraché un thème mobilisateur et fédérateur à Ado, au RDR et à la communauté internationale sensible aux problèmes de l’exclusion tout en présentant Bédié comme le méchant père de l’ivoirité.
Le FPI aurait survécu aux mandats de Gbagbo avec une telle politique d’ouverture tenant compte de l’histoire de la Côte d’Ivoire des origines à maintenant.
Au delà de 2005,la Côte d’Ivoire vivra au rythme des majorités sociologiques qui vont déterminer les majorités électorales dans les urnes.
Si le chef de l’état marque maintenant la vraie rupture qu’il n’a pas osé réaliser avant Pretoria ,il s’engagera dans le chemin d’une vraie renaissance africaine prônée par Thabo M’Beki.
La renaissance africaine dont parle avec emphase Thabo M’Beki et qui est soutenue par les agitateurs d’idées du camp présidentiel ne pouvait nullement s’accommoder des vestiges de l’ivoirité,d’élections non ouvertes et d’une citoyenneté non inclusive pour employer un terme cher à Thabo M’beki.
Malgré tout et en attendant d’autres vraies élections en 2010,car tout le monde doit savoir que dans six mois, on ne peut faire de vraies et bonnes élections, la classe politique ivoirienne saura-t-elle faire bon usage des mesures exceptionnelles prises en faveur de tous pour la paix ?
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