4/5/2005

N°499: Liberté de la presse en Côte d’Ivoire 2 journalistes assassinés, 1 disparu en 2004

L'intelligent d'abidjan 5:39 am

A l’occasion de la 15 journée mondiale de la liberté de la presse, l’Olped a fait une déclaration. Ci-dessous, de larges extraits.

Déclaration pour le 3 mai 2005, 15e journée mondiale de la liberté de la presse

En 1991, à Windock, en Namibie, l’Unesco déclare le 3 mai ” Journée mondiale de la liberté de la presse “. La ” Journée mondiale de la liberté de la presse ” consacre un droit fondamental pour les peuples du monde entier : le droit à l’information, et la liberté de pensée et d’expression elle est aussi consacrée par la déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.

Cependant, chaque jour, à travers le monde, des journalistes, dans l’exercice de leur métier, sont assassinés, emprisonnés, victimes d’exactions, de tracasseries, de violations de leurs droits. Pour prendre un repère parmi d’autres, il est bon de rappeler qu’il y a moins d’une décennie, plus précisement en 1997, 26 journalistes ont été tués, 94 condamnés à des peines privatives de liberté. Sur les 185 Etats qui siègent aux Nations unies, tous ne respectent pas la liberté de la presse, quand bien même ils la proclament dans leur constitution.

(...)

En 2004, quartorze années après la restauration du multipartisme et la libération de la parole qui ont donné naissance à ce qu’il est convenu d’appeler le printemps de la presse, nous constations, au cours de la 14e journée mondiale de la liberté de la presse, qu’en Côte d’Ivoire la situation de la liberté de la presse ne s’était pas encore véritablement améliorée.

Et nous rappelions, à cette occasion, deux faits majeurs qui inquiétaient et inquiètent encore au plus haut point les journalistes. Ces deux évènements, qui se sont produits en l’espace d’une seule et même année, avaient alors mis en lumière le problème de la sécurité des journalistes dans l’exercice de leur métier. Ces deux évènements ce sont l’assassinat, par un policier ivoirien, du journaliste français, Jean Hélène, à Abidjan, et la disparition de Guy André Kieffer, journaliste de nationalité franco-canadienne. Ce sont deux graves atteintes à la liberté dela presse. En effet, la longue crise écomico-socio-politique qui a abouti d’abord au premier coup d’Etat militaire ivoirien en 1999, et ensuite à la survenue de la guerre en 2002, a engendré de nombreux autres cas d’atteinte à la liberté de la presse qui ne sont pas moins graves.

En avril 2004, Gaston Bony, directeur de l’hebdomadaire ” Le venin ” a été condamné à six mois de prison ferme pour avoir diffamé le maire d’Agboville. M. Boni a purgé quatre mois de détention avant de bénéficier d’une mise en liberté pour raison de santé. Il convient, ici, de rappeler, en passant, que depuis 2000, depuis l’avènement du Président Laurent Gbagbo, Gaston Bony est le seul journaliste et nous espérons le dernier, à subir les affres de la prison dans le cadre de ses activités professionnelles.

Le 22 août, Amadou Dagnogo, correspondant du quotidien ” L’Inter ” à Bouaké, a eu maille à partir avec des éléments des Forces nouvelles. Enlevé, il a retrouvé sa liberté de mouvement après deux mois de détention pendant lesquels, a-t-il rapporté, il a été battu et torturé.

Le 4 novembre 2004, les sièges du ” Patriote ” et de ” 24 Heures ” ont été incendiés et ceux du Libéral Nouveau et du ” Nouveau Réveil ” ont été saccagés.

Le 7 novembre 2004, Antoine Massé, correspondant local du quotidien ” Le Courrier d’Abidjan “, a été mortellement blessé par balle lors d’affrontements violents entre les troupes françaises et des manifestants à Duékoué.

Le 12 mars 2005, une équipe de reportage de la Rti envoyée couvrir la conférence portant sur le thème : ” Sécurité routière ” a été prise à partie par des élements des forces de l’ordre à Adjamé.

Le 31 mars 2005, M. Okoué D. Laurent, journaliste rédacteur en chef du quotidien ” L’Intelligent d’Abidjan ” a été séquestré et agressé verbalement à l’école de police avant dêtre conduit au commissariat du 30e arrondissement, aux II Plateaux.

Le 03 avril 2005, M. Firmin Koto, journaliste, chef du service culture à ” L’Intelligent d’Abidjan “, a été tabassé par des éléments de la garde républicaine commis à la sécurité du palais de la Culture dans le cadre du concert ” Zouk Time “.

(...)

2005 semble être le prolongement de 2004, année au cours de la quelle, en plus de l’assassinat et de la disparition de deux journalistes étrangers, l’Olped avait relevé, et cela avant la 14e journée mondiale de la liberté de la presse, organisée le 03 mai 2004, que :

1.Dans les zones sous contrôle du gouvernement :

-des journalistes ont subi de nombreuses agressions dans l’exercice de leur métier ;

-d’autres ont fait l’objet de menaces de mort, des rédactions ont été mises à sac, des titres ont subi le vandalisme et la colère de groupes organisés ;

-des vendeurs de journaux ont été agressés.

2.Depuis le début de la guerre, dans les zones assiégées

-Un journaliste l’Aip, Gueu Gonzreu, a été assassiné ;

-des journalistes ont été intimidés, menacés, agressés et interpellés ;

-les journaux nationaux sont interdits d’accès et de vente dans ces zones ;

-la radio et la télévision nationales n’y sont plus captées ;

des installations de ces médias publics ont été détruits ou servent à des médias créés par l’exrébellion.

L’adoption, en décembre 2004, des nouvelles lois portant régime juridique de la presse écrite et de la communication audiovisuelle marque quelques avancées quant à la défense, la promotion et le renforcement de la liberté de la presse puisqu’elles suppriment la peine privative de liberté pour les délits de presse – c’est là un grand pas -, et posent des balises pour assainir l’environnement économique et juridique des médias.

En ce jour 3 mai 2004, où les journalistes du monde entier célèbrent la ” Journée mondiale de la liberté de la presse “, ceux de Côte d’Ivoire et l’Olped se font un devoir de rappeler, une fois encore, aux pouvoirs publics, aux partis politiques, mais aussi aux membres de la corporation, aux éditeurs de presse et aux partenaires au développement des médias, que la liberté de la presse ne se limite pas à la multiplicité des titres. La liberté de la presse, consubstantielle à la démocratie, ne peut se réaliser que quand elle est soutenue par une véritable volonté politique de mise en œuvre des lois prises. Car, une loi, fût-elle la plus avancée, quand elle n’est pas appliquée, peut être considérée comme un élément de l’arsenal de la démagogie politicienne de la conquête du pouvoir d’Etat et/ou de sa conservation.

La libéralisation du secteur de l’audiovisuel, plusieurs fois annoncée, et pendant longtemps demeurée vœu pieux, est désormais, aux termes de la nouvelle loi portant régime juridique de la communication audiovisuelle, une réalité. C’est une autre avancée considérable. Au XXIe siècle, avec la multiplicité des satellites et des technologies de l’information, il est illusoire d’embrigader les ondes. Les journalistes de Côte d’Ivoire et l’Olped s’en félicitent. Ils sont convaincus que, à l’instar des autres secteurs de l’économie nationale, la libéralisation des médias audiovisuels s’imposait. Elle est partie intégrante de la liberté de la presse.

La création d’un fonds de soutien au développement de la presse participe de la consolidation de la liberté de la presse. C’est le lieu de rappeler que la mise en place effective de ce fonds se fait encore attendre.

La ” Journée mondiale de la liberté de la presse ” offre l’occasion de remercier solennellement, une fois de plus, les partenaires au développement des médias dont le précieux concours n’a pas fait défaut aux organisations professionnelles. Pour le compte de l’Olped, nous pensons à l’Union européenne, à la Coopération française et au Groupe de recherches et d’échanges technologiques, Gret.

Cette 15e ” Journée mondiale de la liberté de la presse “, que nous célébrons aujourd’hui, offre aux journalistes de Côte d’Ivoire et aux associations professionnelles une tribune pour dresser le bilan des avancées, et des atteintes à la liberté de la presse en Côte d’Ivoire. Elle est aussi et surtout le lieu d’où ils voudraient demander, avec insistance, comme ils l’ont fait le 03 mai 2004, et cela au nom de la liberté de la presse, sa promotion et sa défense :

-1) la libre circulation des journalistes partout sur le territoire nationale ;

-2) la sécurité des journalistes sur leur lieu de travail et partout sur le territoire national ;

-3) la prise de décrets d’application et l’application effective des nouveaux textes de loi portant régime juridique de la presse écrite, et de la communication audiovisuelle. L’adoption de ces nouveaux textes de loi, en attendant que ces textes soient amendés, peut être considéré comme une avancée majeure dans l’assainissement de l’environnement économique et juridique des entreprises de presse et leur renforcement;

-4) la couverture du territoire national par les médias audiovisuels nationaux, la radio et la télévision ivoiriennes ;

-5) la diffusion et la vente de toute la presse nationale sur toute l’étendue du territoire national.

Pour l’observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie, Olped

Samba Koné
ksamba@olped.org
Président ;
Fait à Abidjan le 03 mai 2005

Commentaires »

Pas encore de commentaire

Poster un commentaire


PAGE D'ACCUEIL      HAUT DE LA PAGE      CHAT / DIALOGUE      FORUM ACTUALITES AU QUOTIDIEN

SOCEF-NTIC
Societe de Communication, d Edition, de Finances et des Nouvelles Technologies de l Information et de la Communication

L'Intelligent d'Abidjan
Disponible sur le marche et sur le Net depuis le 04 septembre 2003 Edite par Socef-NTIC, Directeur General : Asse Alafe W.

L'Intelligent d'Abidjan Edite par Socef-NTIC
E-mail : intelliabidjan@yahoo.fr    / E-mail:
Droits de reproduction et de diffusion reserves L'Intelligent d'Abidjan
Site realise et edite par Ivorian.Net