N°501: La chronique de l’économie n°12 Par Sylvain A. LOUA La Loi des banques commerciales
” Monsieur nous ne faisons plus de prêts à la clientèle “, tel est le message que les banques livrent à la clientèle depuis le déclenchement de la crise du 19 septembre 2002. Aujourd’hui les banques ne prêtent plus aux clients. Même, les clients ayant souscrit à un plan épargne crédit ou à un plan épargne logement qui, par le passé, accédait directement au crédit bancaire ne sont plus servis. Cette situation crée un impact négatif sur le financement des activités économiques. Car les agents économiques ne peuvent exercer leurs activités sans recourir au crédit qui est un mode de financement de l’économie. Pour les crédits aux entreprises, les banques commerciales étrangères ont ajusté les conditions d’engagement à la situation en réclamant beaucoup plus de garanties. A l’inverse, les banques locales, continuent de financer sans difficultés les PME.
Le conflit politico- militaire a affecté l’activité des établissements bancaires. Ainsi 32 des 165 guichets des banques et établissements financiers de la Côte d’Ivoire ont été fermés. Ce sont surtout les filiales des institutions financières françaises qui ont fermé des agences y compris dans les zones libres. Selon les responsables de ces structures, ce mouvement de fermeture n’est pas lié uniquement à la crise mais répond ainsi et surtout à un souci de rentabilité Ces banques et établissements financiers ont perdu globalement un peu plus de 10% de leurs chiffres d’affaires.
La défaillance des banques commerciales étrangères est en passe d’être corrigée par le développement des activités des institutions financières (CECP, Trésor, BHCI, BNI…) et l’arrivée de nouvelles banques nationales (Banque de Financement agricole) et internationales (Versus Bank).
Ce qui est curieux est que la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a baissé les taux directeurs mais le coût du crédit est toujours et les banques commerciales qui ont décidé de faire souffrir la population refuse de répercuter cette baisse à leur tour. Ce qui constitue un acte grave et pourtant la commission bancaire de l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), ni la banque centrale ne peut lever le petit doigt pour inquiéter ces banques. En fait, certains parlent de libéralisation des taux de banque dans la zone, alors qu’en réalité d’une banque à l’autre les taux sont les même. Le compte d’épargne est rémunéré à 3,5% dans toutes les banques à en Côte d’Ivoire et les coûts du crédits sont les mêmes pourtant on parle de libéralisation.
Selon des experts, ce sont les incertitudes induites par le contexte socio-politique qui ont conduit les banques à adopter une conduite d’extrême prudence. Conséquence, on note une forte réduction du crédit intérieur net de 246 milliards de FCFA, malgré une amélioration de 17,6% des avoirs extérieurs nets. La masse monétaire s’est donc contractée de 3,2%.
L’évolution des ressources montre que la situation du système bancaire de notre pays se caractérise par une augmentation de la trésorerie des banques. A titre d’exemple, on est passé de 241 milliards FCFA à fin septembre 2002 à près de 400 milliards FCFA au début du deuxième trimestre 2003. Ainsi malgré la crise, les dépôts ont continué d’augmenter plus vite que les emprunts. Le système bancaire inspire encore confiance bien que les conditions de crédits soient devenues plus contraignantes du fait des incertitudes liées à la situation actuelle de ni paix ni guerre. Aujourd’hui, il y a de l’argent qui dort dans les banques et qu’elles ne veulent pas mettre au service de l’économie.
Le taux de liquidité des banques est actuellement de 108 % contre 107 % en 2002 alors que le coefficient de liquidité exigé par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est de 75 % minimum. Toutefois, 75 % des ressources du système bancaire ivoirien sont à moins de six mois. Cela traduit en partie, le fait que les banques ne financent que l’exploitation des entreprises en recherchant les cycles courts.
Heureusement que certaines banques locales ont commencé à se déployer pour capter les clients. Ces banques continuent de faire des prêts à la clientèle. Pour en arriver là, il a fallu que l’Etat engage des réformes au niveau du secteur financier. Par exemple, il y a la réforme de la Banque Nationale d’Investissement BNI) ex Caisse Autonome d’Amortissement (CAA).
sylvainloua@yahoo.fr
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