N°501: Les samedis de Biton Par Isaïe Biton Koulibaly Mental negré
Je suis un lecteur insatiable. Je lis tout ce qui me tombe sous la main. Mon budget loisir qui comporte l’achat des livres, des journaux, des magazines et autres instruments de distraction dépasse largement mon budget alimentation. Je me suis approché d’un spécialiste de l’épargne individuel. Il m’a dit que ce n’est pas une faute économique et que cela est même une obligation pour moi étant écrivain. Et que ces dépenses concourent à créer le succès dans mes écrits. Combien de voitures ou de maisons j’aurais eu sans ces dépenses de loisirs ?
Mais le spécialiste a dit que c’est mon destin. Donc je continue dans mes dépenses culturelles qui, chaque semaine peuvent me constituer plusieurs briques. Je lis presque chaque semaine qu’une entreprise africaine a été vendue à des partenaires étrangers, disons pour faire bien privatisée. Dans ces derniers mois je ne pouvais plus supporter d’apprendre que nos compagnies aériennes continuent d’être vendues. Je veux parler des compagnies aériennes de l’Afrique noire. Pour moi, il y a trois Afrique. La première est l’Afrique blanche. La deuxième est l’Afrique noire, la nôtre. La troisième est l’Afrique du Sud. Un mélange de Blancs et de Noirs. Une Afrique du Sud qui a bénéficié d’un ” pays blanc “. Notre Afrique a nous est considérée comme la vraie Afrique. Tous les habitants ont la même mentalité. Partout où vous vous rendez dans cet espace géographique vous trouvez les mêmes comportements. On vous parle des sorciers. On chante et on danse en longueur de journée. Et surtout la lecture est le dernier des soucis. Aucune librairie dans les petites villes en dehors de la capitale qui est toujours à plus de cinquante ans de différence des autres villes. Donc il n’est pas du tout étonnant que ce sont ces pays qui vendent leur compagnie aérienne sous le nom pompeux de privatisation. Comme partout l’Etat a des parts dans les actions mais les vrais décideurs viennent d’ailleurs. Le PCA peut être local, c’est-à-dire sans pouvoir mais le DG est toujours expatrié, le représentant des forces de l’argent qui se trouve dans la métropole. Le DG remplace à ce poste un local qui a conduit la compagnie à la chute. Le directeur général local et ceux d’ailleurs de la vraie Afrique ont plus de diplômes que les ” toubabs ” ou les arabes qui sont venus les remplacer. Ils ont tous fait de bonnes études dans les domaines qui permettent de connaître la gestion d’une compagnie aérienne. Mais ils ont tous échoué. Tous sans exception , même ceux qui croyaient qu’ils pouvaient redresser la situation. On ne peut que crier à la malédiction. Pas un seul pays mais toute la vraie Afrique. Et pourtant il fallait s’y attendre. La gestion primitive continue. Le DG étant nommé c’est la fête au village. Un homme fort est né. Il est même un prédestiné. Et comme on devient le plus beau, le plus intelligent et le plus riche il faut se bâtir un empire financier sous le dos de la compagnie. Celui dont on parle tant dans les médias ne saurait refuser des billets d’avion gratuits. Que coûte 20 billets dans le mois, des billets que des subalternes peuvent offrir. Et le plus triste c’est au niveau des bagages. Dans tous les aéroports africains c’est le même spectacle. Que de suppléments de poids qui passent sans la surtaxe. Le petit employé est aussi comme son patron. Il a besoin d’argent pour faire face à la demande sociale. Tous ont peur des sorciers du village. En plus les commerçants des deux sexes, dans leur grande majorité, font appel à la magie noire pour ne rien payer. Dans un pays africain, le père d’un ami douanier de son état disait que certains camions traversaient la frontière sans se faire voir. Il n’entendait que des bruits. Je connais des femmes qui se rendent dans un pays africain pour se faire fabriquer des pommades constituées de la bave d’un mourant. Il suffit de la mettre au visage et de voir le DG. Que de voyages et de frets gratuits pour les beaux yeux en ” pommade ” d’une belle. La plupart des DG pour ressembler à leur grand père se croient obligés ou contraints par la pommade d’avoir deux ou trois femmes en plus de la légitime. Le temps des loisirs et des études des dossiers est occupé par la visite des ” bureaux “. Et comme notre DG veut participer, tôt ou tard, au conseil des ministres il se croit obligé de distribuer les billets aux hommes politiques et de fréquenter tous les grands marabouts et féticheurs du pays. Pas seulement pour devenir ministre mais pour garder son pays où rodent plusieurs postulants qui ne cherchent que son malheur. Le DG sait mieux que quiconque qu’on ne dépense pas ce qu’on a gagné. Il sait que le chiffre d’affaire n’est pas le bénéfice. Et pourtant il combat par sa gestion toutes les théories économiques. Tous ces homologues de la vraie Afrique font exactement la même chose. Pour résoudre le problème, toute la vraie Afrique a trouvé la même solution. Appeler les deux autres Afrique et surtout ceux qui sont en dehors du continent pour prendre l’affaire en mains. Et ça marche. Ce n’était pas sorcier. Il suffisait d’appliquer les théories élémentaires de la gestion que savent même les vendeuses au marché. Mais ils ont préféré la gestion catastrophique à l’Africaine enseignée dans les rues. Mais c’est ainsi que va l’Afrique.
A samedi prochain.
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