N°502: Interview : Marcel Youpéh de la coordination Udpci Europe et du G7 “Akoto, Eric Kahé et consorts sont dans le faux… ils pactisent avec Gbagbo”
Le président de l’Udpci France/Europe, Marcel Youpéh, a regagné Paris, ragaillardi par les décisions du congrès de son parti. Dans cet entretien récemment, il réprimande le camp Akoto Yao, Eric Kahé, Gui Dibo (…) qui contestent les résolutions prises au congrès extraordinaire des 9 et 10 avril 2005 à l’Académie de la mer (Arstm) de Yopougon, le représentant de l’Udpci en Europe et président du G7 France apporte son éclairage. Il met désormais tout son espoir dans la signature, très prochaine, de la plate forme de gouvernance des partis houphouëtistes. Pour lui, la date du 18 mai 2005 sonnera le glas du régime des Refondateurs.
Pensez-vous que les décisions prises lors du congrès de votre parti, les 9 et 10 avril 2005 à Yopougon s’imposeront à tous ?
Avec du recul, je me rends compte que le congrès a été organisé au moment opportun, pour sortir notre parti de l’ornière. Même si une frange de nos militants s’était farouchement opposée à la date arrêtée. Ce congrès a clarifié les choses et impulsé la remobilisation. L’un des faits marquants, qui a sanctionné nos travaux, c’est l’élection du nouveau président de notre parti, en la personne du ministre Mabri Toikeusse. Avec lui, j’ai l’assurance que l’Udpci connaîtra un
renouveau. Pour ceux qui étaient à ce congrès, comprenez que c’est la majorité des militants et des responsables des instances qui ont décidé de toutes les résolutions prises. Elles s’imposent donc à tous. Les absents auront eu tort.
A votre avis, pourquoi l’unanimité ne s’est pas faite autour de ce congrès ?
Je vous disais tantôt que la tenue de notre congrès était un besoin exprimé par la majorité de nos militants, à commencer par la jeunesse. Vous convenez avec moi qu’aujourd’hui en Côte d’Ivoire, ce sont les jeunes qui font bouger les partis
politiques. L’Udpci n’est pas en reste. Notre jeunesse a beaucoup pesé dans l’organisation du congrès. Au moment où les hésitations se faisaient sentir. Pour être plus pratique, à six mois de l’élection présidentielle, à quel moment aurions-nous choisi notre candidat afin de préparer la campagne ? Ceux qui ont décidé de boycotter le congrès avaient leur petite idée derrière la tête. Je pense que ceux-là n’avaient pas l’intention de conduire notre parti à une élection. Les militants ont donc choisi entre le camp de ceux qui voulaient aller à des élections et le camp de ceux qui n’en voulaient pas pour des raisons que nous ignorons. Un parti politique, par essence, a pour objectif la conquête du pouvoir d’Etat, et non de servir de supplétif au candidat d’un autre parti. C’est une question d’ambition. Partant de ce fait, il est clair que l’unanimité ne pouvait se faire qu’autour d’idées nobles, conduites par des hommes dont la conviction et la responsabilité ne souffrent d’aucune ambiguïté. Ceux qui s’agitent aujourd’hui sont ceux-là même qui étaient allés demander conseils à Laurent Gbagbo, avant d’organiser le congrès, parce qu’ils attendaient de lui des moyens pour le faire. Entre le camp de ceux qui pactisent avec le pouvoir FPI et ceux qui veulent pérenniser l’œuvre politique du général Robert Guéi, le choix est facile à faire.
Y a-t-il eu des sanctions exemplaires contre ces responsables indexés ?
Pour l’instant, je ne vous en dirai pas davantage. Cependant, je peux vous assurer que cette préoccupation enfle toutes les discussions. Le président élu du congrès a un délai de 30 jours(Ndlr : le bureau a été formé le 29 avril 2005) pour composer son bureau. Il aura besoin de tout le monde pour travailler. Mais, il n’est pas exclu que des sanctions soient prises contre des militants récidivistes et récalcitrants, qui passent le clair de leur temps à saborder le fonctionnement de l’Udpci. Ceux-là, nous n’en avons plus besoin.
En marge de la politique, il y a une bataille juridique qui défraie la chronique à l’Udpci. Qu’en est-il de l’appel de M. Akoto Yao, après qu’il eut été débouté par le tribunal ?
Personnellement, je vous avoue que j’ai versé des larmes quand j’ai appris, dès mon arrivée à Abidjan, que M. Akoto Yao a été débouté par le tribunal. J’aurais accepté que ce soit quelqu’un d’autre qui ait engagé cette procédure juridique,
mais pas Akoto. Vous savez, j’ai beaucoup d’admiration pour lui et je l’ai toujours soutenu personnellement, politiquement parlant. Je constate aujourd’hui qu’il est très mal entouré et mal conseillé. Il faut que M. Akoto se souvienne du général Guéi avant de poser des actes qui n’honorent pas sa mémoire. Il n’est pas trop tard. Je lui demande solennellement de revenir sur sa décision. Sa place se trouve à l’Udpci et non ailleurs. Voilà pour quoi, je l’invite à accepter la présidence d’honneur de notre parti, même si cette attribution n’existe pas dans nos statuts.
Mabri n’est-il pas tombé dans le piège du camp Akoto d’autant plus qu’il se raconte que l’Udpci aurait été enregistré au ministre de l’Intérieur sous le nom du second ?
Comprenez que si le général Guéi est décédé et que le parti continue d’exister, c’est parce qu’il est régi par des règles. M. Akoto a été désigné pour assurer l’intérim du mandat du général jusqu’en fin 2007. Le dernier congrès a élu un président qui est de facto notre candidat officiel à la présidentielle. Cela est incontestable. Ceux qui se plaignent devront attendre le prochain congrès à venir. C’est ce congrès-là qui réglera la question de l’intérim de Akoto Yao. La justice a d’ailleurs bien compris la subtilité de nos textes, raison pour laquelle elle a débouté le camp Akoto Yao.
D’aucuns accusent M. Tia Koné d’alimenter le tourbillon juridico-politique qui ébranle l’Udpci. Ils s’imaginent qu’il réglerait ses comptes avec Mabri , lorsque Akoto saisirait son institution pour pourvoir en cassation, au cas où il n’aurait pas gain de cause en appel ?
A ma connaissance, M. Tia Koné a pris la sage décision de se retirer momentanément de la lutte politique. A cause de l’incompatibilité de ses fonctions actuelles avec un quelconque engagement politique de sa part. Il était malveillant de voir le troisième personnage d’un pays, de surcroît président de la Cour Suprême, faire campagne pour défendre sa propre chapelle. Il a compris qu’il était temps, pour lui, de se retirer, un temps soit peu, de la scène politique. Je ne crois pas non plus que M. Tia puisse se faire complice de tels agissements contre le parti de celui à qui il doit tout aujourd’hui, et dont il se réclame être un des héritiers. J’ai toujours souhaité qu’il retrouve la place qui est la sienne avant les trois rencontres de Bassam. Nous lui serons très reconnaissants. Souvenez-vous que ses dernières déclarations politisées avaient provoqué des vagues. Du reste, nous avons vu l’arbitre du match occupé tout d’un coup le poste de capitaine de l’équipe. S’il a renoncé provisoirement à ses ambitions politiques, c’est justement parce qu’en son âme et conscience, il savait que du vivant du général, il n’aurait pas toléré son attitude permissible. Si par extraordinaire, il trempait dans une espèce de cabale et de manigance politico-juridique pour faire obstruction à notre candidat, il en tirera toutes les conséquences. Le temps est venu de céder la place aux jeunes. Je suis convaincu qu’avec le président Mabri, l’Udpci ira de l’avant.
Vous évoquiez également le cas du ministre Eric Kahé à qui vous reprochez de rouler pour le pouvoir en place. Votre congrès a-t-il pris des sanctions à son encontre ?
Je disais tantôt que le président Mabri, selon les recommandations du congrès, travaillera avec tout le monde, dans le souci de réconcilier l’Udpci avec elle-même. Mais, en ce qui concerne le cas particulier du ministre Kahé, personnellement, je souhaite qu’il soit viré du parti. Par pure logique des faits, je le considère comme complice de l’assassinat du général Robert Guéi. Ce monsieur est arrivé à l’Udpci comme un cheveu sur la soupe. En réalité, sa vraie famille politique est le Fpi. C’est M. Gui Dibo qui, en son temps, l’avait présenté au général Guéi comme son poulain. Voilà comment il a viré du Fpi à l’Udpci, parce que guidé par ses intérêts personnels. Ainsi, à la faveur des accords de Marcoussis, il a été nommé ministre de la Réforme administrative pour le compte de l’Udpci. Aujourd’hui, il renie ces accords qui ont pourtant fait de lui le triste personnage controversé qu’il est. Depuis la mort de Guéi, tous les actes qu’il pose sont de nature à nuire au parti. Il fait partie de ces responsables qui ont toujours refusé que l’Udpci soit membre du G7. Il a même poussé l’outrecuidance jusqu’à nous traiter de rebelles.
En réalité, Kahé veut retourner au Fpi. Il entend que nous lui en donnions l’occasion. C’est pour-quoi, je demande personnellement au président du parti de le radier au plus vite. Concrètement, qu’est-ce que Eric Kahé apporte au parti pour que nous continuions de supporter pendant longtemps encore ses intrigues ? La trésorerie dont il a la charge n’a jamais enregistré le moindre centime, même sa propre contribution financière.
Dans les jours à venir, les partis houphouëtistes dont le Pdci, le Rdr, l’Udpci et le Mfa signeront des accords. Qui de Mabri et de Akoto Yao sera-t-il présent à Paris pour apposer la signature de l’Udpci ?
Ce sera bien naturellement le président du parti, le Dr Mabri Toikeusse. Il sera accompagné de son secrétaire général, le Pr. Salif N’Diaye. Je m’apprête d’ailleurs à les recevoir en ma double qualité de représentant du parti et de président du présidium du G7 en France. Il n’y aura aucune polémique. Depuis le lancement du G7, ces deux responsables ont toujours milité pour sa mise en place. Si aujourd’hui, l’opposition ivoirienne a pu négocier d’égal à égal avec le pouvoir, ou même se faire entendre par la communauté internationale, c’est bien grâce au G7. Et l’Udpci a toujours été bien représentée pendant les négociations qui ont abouti aux accords de paix d’Accra et dernièrement de Pretoria. A contrario, le groupe des Kahé et consorts n’avait jamais voulu que nous soyons membres du G7. Aux yeux de tous, ils sont dans le faux. Il est tout à fait logique qu’à Paris, ce soit le président nouvellement élu par le congrès qui appose sa signature pour le compte de l’Udpci.
Les fractures internes à l’Udpci ne vont-elles pas vous fragiliser au moment des tractations de Paris ?
Je dois vous dire qu’au G7 nous avons notre place. Notre signature aura le même poids que celle du Pdci, du Rdr ou du Mfa. Nous nous valons tous. Nous n’allons surtout pas recommencer les mêmes bêtises que celles qui nous a été données d’observer lors de la signature de Marcoussis. Nous nous souvenons encore de ces négociations de janvier 2003. Alors que nous nous attendions à ce que nos représentants posent comme préalable, avant toutes discussions, l’élucidation de l’assassinat du général Guéi, cette revendication a été mise sous le boisseau, au profit des intérêts égocentriques. Tout cela nous a porté préjudice au moment de la répartition des portes feuilles ministériels. Je peux vous assurer que cette fois, les choses en seront autrement. Nous ne permettrons pas à n’importe qui de venir faire n’importe quoi à Paris. C’est pour quoi, nous faisons confiance à la jeunesse de l’Udpci, incarnée par le président Mabri. Le temps des has been est révolu. Je lui conseille vivement de se faire accompagner à Paris par des personnes valables, qui ont le sens de l’honneur et de la responsabilité collective et partagée. Au-delà de cette question, je peux vous assurer également qu’avec la nouvelle équipe, conduite par notre président, l’Udpci occupera une place plus importante sur l’échiquier politique ivoirien.
Votre congrès a-t-il fait cas de l’enterrement du général Guéi et des siens ? En ce qui concerne l’enterrement du général, comprenez qu’aujourd’hui, la crise tire à sa fin et les choses vont changer d’ici cinq mois. Croyez-moi
Les obsèques que nous avons prévues, mais que nous n’avions malheureusement pas pu le faire à cause de la mauvaise foi et de la rancune du pouvoir actuel, seront très bientôt organisés. Comprenez que ses enfants souffrent beaucoup de cette situation, parce que depuis plus de deux ans, ils n’ont pu faire le deuil de leurs parents. Je profite pour dire que dans cette douloureuse épreuve, ceux-là même qui se disent héritiers politiques du général, n’ont jamais eu le moindre réconfort pour ses enfants. Il n’y a que Mabri qui leur apporte régulièrement soutien moral et financier. Je leur dis de sécher leurs larmes, car très bientôt leurs souffrances vont s’estomper.
Entretien réalisé à Paris
par Koné André
(koneandreparis@yahoo.
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