N°502: Séminaire sur le désarmement à Yamoussoukro : Pourquoi la rencontre a capoté
L’armée loyaliste et la rébellion ivoirienne ont échoué samedi à Yamoussoukro à trouver un accord sur le désarmement des belligérants en Côte d’Ivoire, laissant en suspens cette question cruciale de la crise.
Après cinq jours de négociations, le chef d’état-major des Forces armées de Côte d’Ivoire (FANCI, loyalistes), le colonel-major Philippe Mangou, le chef militaire des Forces Nouvelles (FN, rébellion), le colonel Soumaïla Bakayoko et leurs délégations ont mis fin samedi à une ultime tentative pour concilier leurs positions, malgré l’espoir jusqu’à la dernière minute d’une issue positive.
Rebelles et loyalistes n’ont pu s’entendre notamment ni sur un calendrier précis du DDR (Désarmement, démobilisation, réinsertion), ni sur une date de démarrage de ce processus. Les FN refusaient qu’une date soit mentionnée dans un accord, alors que les FANCI exigeaient qu’un calendrier strict, ou au minimum qu’une date de démarrage soit fixée. Les deux chefs d’état-major sont convenus de se retrouver “vendredi prochain”, sans autre précision. La délégation rebelle a quitté les lieux peu après, sous protection de Casques bleus marocains de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI).
Ouverte le mardi 3 mai 2005 par le Premier ministre de réconciliation nationale Seydou Diarra et organisée par la Commission nationale de désarmement (CNDDR, institution gouvernementale), la rencontre de Yamoussoukro avait pour objectif de fixer un accord global sur les modalités pratiques du désarmement. L’assemblée plénière, qui devait clôre la rencontre et rendre les conclusions des travaux de cinq commissions techniques, a été retardée puis interrompue à plusieurs reprises, perturbée par les négociations de dernière-minute.
La cérémonie de clôture a été purement et simplement annulée, malgré la présence du représentant de l’Onu en Côte d’Ivoire, le Suédois Pierre Schori, et du ministre des Affaires étrangères, Bamba Mamadou, venus spécialement d’Abidjan pour assister à la signature d’un accord. “Le programme de désarmement a été fixé et conjointement élaboré à 90%, il ne nous manque qu’une toute petite partie”, a tenté de minimiser le président de la CNDDR, Alain Donwahi. Lors de leur travail en commission, en présence d’observateurs de l’ONUCI, de l’opération française Licorne et avec l’appui d’experts sud-africains, les deux états-majors ont validé plusieurs points du programme DDR présenté par la CNDDR.
D’importantes questions politiques, militaires, et des désaccords de fond n’ont cependant pas été réglés. Outre l’agenda du DDR, point d’achoppement des discussions, le problème des milices pro-gouvernementales, le débat fusion/intégration des deux état-majors ou encore le nombre de combattants rebelles à désarmer sont restés sans solution.
A défaut d’un accord sur une date, le président de la CNDDR a été chargé “d’élaborer avec diligence un chronogramme adapté aux réalités du terrain”, selon les recommandations, signées des deux parties, de la commission technique “démobilisation/désarmement”, où les discussions ont été les plus âpres.
Sur les milices, cette commission a recommandé que la “CNDDR s’assure du bon déroulement de la mission de démantèlement des milices confiée au Premier ministre”. Aucun chiffre de combattants à désarmer ne figure sur les documents validés par les deux camps.
Tout au long des débats, les FN ont été “très vigilants”, exigeant des garanties politiques, militaires, financières, mais également des éclaircissements sur de nombreux détails techniques, selon une source des forces impartiales. Plusieurs sources indépendantes ont regretté l’impréparation de la CNDDR sur certains dossiers.
L’armée et la rébellion avaient renoué les contacts le 14 avril, après la signature le 6 avril d’un nouvel accord de paix à Pretoria entre les protagonistes de la crise, censé redynamiser l’accord de paix de Marcoussis de janvier 2003.
A.F.P.
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