Crise ivoirienne : palabres au Conseil de sécurité
Américains et Anglais demandent à la France de se
retirer
S'il
est vrai que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu ont
accordé leur veto à la France pour maintenir ses troupes en Côte d'Ivoire, il
n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui le camp anglophone se désolidarise de plus
en plus de Paris. Américains et Anglais presseraient la France à lever les pieds
du bourbier ivoirien pour respecter un certain postulat qui stipule que " les
conflits font partie de l'ordre normal de l'histoire de toutes les nations et
des peuples. Les Africains ne sauraient y échapper ".
Il est de
plus en plus question d'abandonner les Ivoiriens à leur triste sort, si ce n'est
déjà fait. Des tractations en sourdine opposeraient les anglophones à la France
sur la nouvelle posture à adopter. Anglais et Américains presseraient la France
à abandonner le terrain ivoirien. Dans le jargon militaire il s’agit d'évacuer
le 10° et 4° de latitude nord et 10° et 0° de longitude ouest. Renouant ainsi
avec leur position initiale fataliste de laisser les Africains se massacrer
jusqu'à ce qu'ils prennent, eux-mêmes, conscience de leur propre malheur. Au
lendemain du déclenchement de la crise ivoirienne, le18 septembre 2002, les
Anglophones n'auraient pas soutenu l'initiative de la France à gérer la crise
ivoirienne. Ils ne faisaient aucune différence entre la crise ivoirienne et
celles qu'ont connu des pay s comme le Liberia et la Sierra Leone dont ils
avaient l'entière responsabilité en tant qu'anciennes puissances coloniales. Ils
préjugeaient que la solution à tous les conflits armés en Afrique est forcément
militaire et que le retour à la paix n'est possible que lorsqu'il y a un
vainqueur et un vaincu.
Selon
encore nos sources, seule le président Jacques Chirac, soutenus par certains
pays de l'Euroland, avait présenté une solution plus humaniste et moins
détestable. A maintes reprises, le président français ne cessait de leur
rétorquer, chaque fois qu'il en a eu l'occasion, qu' " il n'y a pas de solution
militaire à la crise ivoirienne. " Alors que ce bloc anglophone avait opté pour
la solution du laisser-faire, la France, elle, s'était mobilisé au chevet d'une
Côte d'Ivoire pour mettre un terme à la guerre civile qui s’annonçait. Elle
avait presque parié sur ce pays jadis chouchouté, le présentant comme un cas
particulier qui ferait exception à la sauvagerie meurtrière. " Nous avons défié
nos partenaires, car on avait entièrement confiance en une classe politique
ivoirienne considérée à juste titre comme responsable, mature et capable de
surpasser les intérêts partisans pour ne privilégier que les intérêts d'une
nation en déconfiture. Mais hélas ! Plus d'une année après les accords de
Marcoussis, le bilan est non reluisant. Ce pays est non seulement toujours
coupé en deux morceaux, en lambeau mais est économiquement asphyxié. Il nous
apparaît de plus en plus lucide que la guerre est la seule issue à cette crise "
confessait récemment un observateur à Paris. A bien comprendre, la déception est
très grande du côté français et surtout dans le camp de Chirac comme on a pu le
constater à l'analyse de ses déclarations à Dakar en début du mois février. Un
pari perdu qui apparaît aux yeux du camp anglophone comme un échec patent et
irrémédiable.
Paris
dans l’embarras
La France
va-t-elle céder sous la pression des Américains et Anglais ? Va-t-elle rappeler
ses troupes de la Côte d'Ivoire en avril prochain ? Le fait de demander à l'Onu
de renforcer ses effectifs pour mieux sécuriser le pays et surveiller l'embargo
n'est-il pas là le signe avant-coureur du fléchissement français ? Autant
d'interrogations que suscite cette délicate situation. A priori, les
déclarations des autorités françaises, ces derniers temps, cachent mal une
certaine attitude défaitiste. Un haut responsable du Quai d'Orsay nous confiait
en privé que le retrait des troupes françaises n'est pas à exclure même si un
certain discours officiel tend à faire croire que la présence de la Licorne ne
dépend que de la seule volonté des Africains en général et des autorités
ivoiriennes en particulier. Il est clair que les jours à venir seront
déterminants. Le ton a été d'ailleurs donné par le président Laurent Gbagbo.
Exaspéré, n'avait-il pas demandé aux forces de l'Onuci de rentrer si elles
étaient incapables de désarmer les ex-rebelles ? N'est-ce pas une façon
indirecte de s'adresser aux troupes françaises, qui comme on le sait, sont
également placées sous une résolution de l'Onu ? Car à la vérité, le retrait des
soldats français signifierait irrémédiablement la rupture du cessez-le-feu et du
respect d'une certaine zone de confiance. Une situation qui permettrait au camp
gouvernemental de récidiver en reprenant ses opérations militaires contre les
zones rebelles pour réunifier, peut-être, la Côte d'Ivoire. L'expérience a
prouvé plus d'une fois l'inefficacité des casques bleus sur le théâtre des
opérations de maintien de la paix. L'exemple de la République Démocratique du
Congo est là pour nous le rappeler. Chaque jour, les belligérants s'affrontent
et massacrent les populations civiles au s u et vu des troupes de l'Onu. Paris
n’est plus sûr de pouvoir convaincre ses partenaires que le cas ivoirien est une
exception. A l’Onu on manoeuvre...
Koné
André à Paris
(koneandreparis@yahoo.fr)