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N°445 du 26 fevrier 2005 l'Intelligent d'Abidjan
Ny sida 1

Crise ivoirienne : palabres au Conseil de sécurité

Américains et Anglais demandent à la France de se retirer

 

S'il est vrai que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu ont accordé leur veto à la France pour maintenir ses troupes en Côte d'Ivoire, il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui le camp anglophone se désolidarise de plus en plus de Paris. Américains et Anglais presseraient la France à lever les pieds du bourbier ivoirien pour respecter un certain postulat qui stipule que " les conflits font partie de l'ordre normal de l'histoire de toutes les nations et des peuples. Les Africains ne sauraient y échapper ".

 

 

Il est de plus en plus question d'abandonner les Ivoiriens à leur triste sort, si ce n'est déjà fait. Des tractations en sourdine opposeraient les anglophones à la France sur la nouvelle posture à adopter.  Anglais et Américains presseraient la France à abandonner le terrain ivoirien. Dans le jargon militaire il s’agit d'évacuer le 10° et 4° de latitude nord et 10° et 0° de longitude ouest. Renouant ainsi avec leur position initiale fataliste de laisser les Africains se massacrer jusqu'à ce qu'ils prennent, eux-mêmes, conscience de leur propre malheur. Au lendemain du déclenchement de la crise ivoirienne, le18 septembre 2002, les Anglophones n'auraient pas soutenu l'initiative de la France à gérer la crise ivoirienne. Ils ne faisaient aucune différence entre la crise ivoirienne et celles qu'ont connu des pay s comme le Liberia et la Sierra Leone dont ils avaient l'entière responsabilité en tant qu'anciennes puissances coloniales. Ils préjugeaient que la solution à tous les conflits armés en Afrique est forcément militaire et que le retour à la paix n'est possible que lorsqu'il y a un vainqueur et un vaincu.

Selon encore nos sources, seule le président Jacques Chirac, soutenus par certains pays de l'Euroland, avait présenté une solution plus humaniste et moins détestable. A maintes reprises, le président français ne cessait de leur rétorquer, chaque fois qu'il en a eu l'occasion, qu' " il n'y a pas de solution militaire à la crise ivoirienne. " Alors que ce bloc anglophone avait opté pour la solution du laisser-faire, la France, elle, s'était mobilisé au chevet d'une Côte d'Ivoire  pour mettre un terme à la guerre civile qui s’annonçait. Elle avait presque parié sur ce pays jadis chouchouté, le présentant comme un cas particulier qui ferait exception à la sauvagerie meurtrière. " Nous avons défié nos partenaires, car on avait entièrement confiance en une classe politique ivoirienne considérée à juste titre comme responsable, mature et capable de surpasser les intérêts partisans pour ne privilégier que les intérêts d'une nation en déconfiture. Mais hélas ! Plus d'une année après les accords de Marcoussis, le bilan est non  reluisant. Ce pays est non seulement toujours coupé en deux morceaux, en lambeau mais est économiquement asphyxié. Il nous apparaît de plus en plus lucide que la guerre est la seule issue à cette crise " confessait récemment un observateur à Paris. A bien comprendre, la déception est très grande du côté français et surtout dans le camp de Chirac comme on a pu le constater à l'analyse de ses déclarations à Dakar en début du mois février. Un pari perdu qui apparaît aux yeux du camp anglophone comme un échec patent et irrémédiable.

 

Paris dans l’embarras

La France va-t-elle céder sous la pression des Américains et Anglais ? Va-t-elle rappeler ses troupes de la Côte d'Ivoire en avril prochain ? Le fait de demander à l'Onu de renforcer ses effectifs pour mieux sécuriser le pays et  surveiller l'embargo n'est-il pas là le signe avant-coureur du fléchissement français ? Autant d'interrogations que suscite cette délicate situation. A priori, les déclarations des autorités françaises, ces derniers temps, cachent mal une certaine attitude défaitiste. Un haut responsable du Quai d'Orsay nous confiait en privé que le retrait des troupes françaises n'est pas à exclure même si un certain discours officiel tend à faire croire que la présence de la Licorne ne dépend que de la seule volonté des Africains en général et des autorités ivoiriennes en particulier. Il est clair que les jours à venir seront déterminants. Le ton a été d'ailleurs donné par le président Laurent Gbagbo. Exaspéré, n'avait-il pas demandé aux forces de l'Onuci de rentrer si elles étaient incapables de désarmer les ex-rebelles ? N'est-ce pas une façon indirecte de s'adresser aux troupes françaises, qui comme on le sait, sont également placées sous une résolution de l'Onu ? Car à la vérité, le retrait des soldats français signifierait irrémédiablement la rupture du cessez-le-feu et du respect d'une certaine zone de confiance. Une situation qui permettrait au camp gouvernemental de récidiver en reprenant ses opérations militaires contre les zones rebelles pour réunifier, peut-être, la Côte d'Ivoire. L'expérience a prouvé plus d'une fois l'inefficacité des casques bleus sur le théâtre des opérations de maintien de la paix. L'exemple de la République Démocratique du Congo est là pour nous le rappeler. Chaque jour, les belligérants s'affrontent et massacrent les populations civiles au s u et vu des troupes de l'Onu.  Paris n’est plus sûr de pouvoir convaincre ses partenaires que le cas ivoirien est une exception. A l’Onu on manoeuvre...

Koné André à Paris

(koneandreparis@yahoo.fr)




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